VIII
En guise de conclusion
«Por Merlin le sage
prudome
Tosjors la Dame elle sera
Et nule autre n'y avra »
Chrétien de Troyes, Le
Chevalier à la charette
I-JE convaincu ? Ai-je dessillé
les yeux des lecteurs aveuglés ? D'une poignée d'entre
eux au moins ? Poète et romancier à mes heures, je sais
par expérience combien est aléatoire la survie d'une
oeuvre. Habitué au rôle douloureux de l'inutile
Cassandre, il me suffirait d'avoir touché une petite élite
: celle des esprits les plus honnêtes et les plus lucides, si
rares de nos jours ! The Happy Few, en somme.
J'ai voulu, au terme de cette étude, tenter une dernière démarche : ma dernière cartouche ! J'ai recopié quelques titres d'Aventures pris au hasard
Et là, le mal m'est apparu dans toute son horreur : il n'est pas une phrase, pas une ligne, pas une expression, que dis-je ! pas un seul mot des Aventures de Sherlock Holmes qui n'ait été emprunté, dérobé, volé à notre patrimoine littéraire national ! Qu'on en juge...
Mais il y a pire. Non content d'avoir pillé notre littérature, Doyle a tenté de dissimuler, dans ses titres, de véritables injures contre le lecteur français, révélant tout le mépris dans lequel il nous tient.
Il me semblait bien que quelque chose encore se cachait dans les Aventures : et il m'a suffi de recopier les lettres qui composent, par exemple le titre A STUDY IN SCARLET, puis de les contempler fixement, de les déplacer, de les re-combiner... pour parvenir à les forcer, à leur faire dire ce qu'elles dissimulaient :
L'ART SAINT SY DEÇU !
Voilà donc, en trois mots, et dans la langue de Du Guesclin et de Jeannne d'Arc, tout le programme esthétique de Conan Doyle ! Je m'en doutais ! Quelle perversité ! Et dans l'ART SAINT, il y a LARCIN ! Encore un aveu !
Avec THE ADVENTURE OF THE NOBLE BACHELOR, il nous traitait de sots ruminants :
"TÂTE TON BONHEUR D'HERBE, VACHE FOLLE !"
Et sous THE HOUND OF THE BASKERVILLES ?! Il nous parlait comme à ses chiens !
"FOULE SERVE, HABILE TE TOND ! Hé Hé KS..."
L'Habile Teuton !
THE VALLEY OF FEAR ? Mais il nous l'a dédicacé ! Voyez en quel termes :
HEY, L'OFFRE A VALET.
Voilà comment on nous traite, dans cette "nation de boutiquiers", comme l'appelait Napoléon...
Un dernier mot ? Mister ARTHUR CONAN DOYLE, savez-vous le voeu que les lettres de votre nom m'inspirent ?
O YDOLE NARRANT CHU ! 1
F I N
NOTE
1(N.d. E.) Peu compréhensible... En ancien français, "idole" s'écrivait avec un "Y" et était un mot masculin. "Chu" est le participe passé de "choir". Il faut donc probablement entendre : "Oh, l'écrivain idolâtré est tombé !" D'aucuns seront peut-être tentés de trouver à cet heptasyllabe une saveur mallarméenne... Nous pencherions plutôt, au sujet de l'ensemble de cette page, à une forme de pathologie mentale semblable à celle dont souffrit Ferdinand de Saussure dans sa vieillesse, lorsqu'il dépouillait la poésie latine archaïque pour y trouver des anagrammes... Ce qui ne l'empêcha pas d'être, en même temps, le fondateur de la linguistique moderne. Voir à ce sujet J. Starobinski, Les Anagrammes de Ferdinand de Saussure, Le Mercure de France, 1964, 2.