CHAPITRE II

 

 

LE « CAS HOLMES »

 

C’est dans le sein d’une Grande-Bretagne à la fois inquiète, inquiétante, paradoxale et légère que s’enracine le mythe holmésien. Sans doute éprouvait-on un obscur désir d’ordre, de justice et de vertu dans une société puritaine néanmoins minée par le vice et l’immoralité, et Doyle se fit le porte-parole de cette Angleterre « des purs ». Celui qui toujours marqua un profond attachement aux valeurs britanniques, menant une existence digne et exemplaire, ne pouvait qu’engendrer, croit-on, un personnage sans peur et sans reproche, un héros au sens le plus absolu du terme – la réincarnation du Sauveur.

Cependant l’écrivain ne pouvait échapper entièrement à l’influence mortifère de son milieu, et Sherlock Holmes, presque à l’insu de son créateur, devait porter les stigmates de cette époque ambiguë, poussant même la logique fort loin.

 

Un enfant du siècle ?

Psychophysiologie du dandy

 

Le XIXe siècle expirant engendre, on l’a vu, des êtres bizarres, d’une essence pervertie et participant de la subversion de toutes les valeurs. Volontiers provocateurs, adeptes du paradoxe, poseurs et dépressifs, ils ont l’âme « artiste », cultivent le raffinement et la misanthropie.

La vieille Europe emprisonne en son sein de glace ses propres enfants, dans le cœur desquels elle distille des venins singuliers, extatiques, dont on meurt lentement, et trop souvent avec délectation. C’est une fièvre douloureuse, une euphorie grave que celle du dandy fin de siècle, ce personnage ironique et désabusé, empli d’amour et de fiel, misogyne, solitaire et drogué. Amoureux des extrêmes, il plane seul au-dessus des gouffres obscurs de la psyché, évoluant avec désinvolture sur la corde raide. C’est un héros métaphysique, dans le droit sillage d’Hamlet, fils du romantisme et d’une histoire déjà à bout de souffle, qu’on ne peut désormais plus appréhender autrement qu’avec cynisme, tant elle a montré l’uniformité et la désolante monotonie de ses tours. Le dandy est un nihiliste qui désespère et « qui voudrait croire1 », un enfant épris d’absolu que le monde a déçu.

La sensibilité décadente, enracinée dans le sentiment nostalgique, émerge sans hasard au cœur même du romantisme, propice à l’éclosion d’un mouvement plus noir empli de cette même désespérance exaltée, ravageuse et si favorable à l’épanchement et à l’évocation des démons intérieurs. On peut succomber aux fleurs vénéneuses de la littérature sans en mesurer forcément la toxicité. Mais l’univers décadent possède le charme invincible des sortilèges, et pénétrer la touffeur d’un tel jardin expose l’âme à des parfums définitifs, enchanteurs et violents, qui s’ancrent pour l’éternité.

Le décadent est un hybride, le fruit bizarre de l’étrange accouplement de l’« homme naturel » de Sade (l’expression est d’Apollinaire) et du dandy, ce parangon de l’artifice. Amoureux du contraste, il se définit essentiellement par l’oxymore. C’est un barbare raffiné, une brute précieuse et érudite lâchée dans la modernité qu’il abomine tout en jouissant de ses œuvres. Il pare sa vie comme il pare ses intérieurs, à la manière d’un sauvage affamé, versatile et pourtant esthète, qui entasserait dans sa caverne pierres de lune et météorites, un fatras hétéroclite de jolies choses glanées dans l’errance capricieuse des jours. Drogué à la beauté, il lui faut sans cesse renouveler sa provision vitale, retremper sans cesse son vieux sang de blasé aux sources d’une nouveauté pérenne.

Le décadent est sans conteste un alchimiste de la sensation. Vécue par la chair et analysée par l’esprit, celle-ci se métamorphose en métaphysique et, ainsi transcendée, devient moyen de connaissance de l’infini, de l’ineffable, de l’inéprouvé. L’homme se constitue lui-même comme sujet d’expérimentation, multiplie les pratiques esthésiques. La vie devient expérience de la matière, que l’intellect achève de muer définitivement en protagoniste capitale : le corps, objectivé, est rendu à sa seule chair, vectrice de sensations et ultime divertissement d’une âme ennuyée et irrémédiablement solitaire.

Le sensationnisme d’un Jean des Esseintes, par exemple, est hérité de celui du marquis de Sade, dont les expériences érotiques infinies ont fait à jamais le grand initiateur d’un certain remède à l’ennui. Point n’est besoin, pour échapper aux « épines de la vie2 », de parcourir les mondes : l’antidote se trouve en soi, le secret est inscrit au cœur de la chair. Mais si le héros sadien atteignait ainsi un bonheur relatif, le décadent, son fils spirituel mais enfant d’un siècle finissant, frappé d’impuissance physique et morale, ayant épuisé le faisceau des expériences charnelles et consumé d’ardeur cérébrale, se retrouve seul, face à la pure répétition de son moi dans une confrontation intérieure qui tourne à vide. Il est condamné à la passivité, au voyeurisme, aux « folies passionnelles des vieillards3 » ou des esthètes. Son corps, perpétuellement exaspéré, continuellement requis, sollicité, est invalidé par sa surexcitabilité même. C’est un corps qui s’excède lui-même. Il est à la fois ce qui permet la sensation et ce qui lui fait éternellement obstacle ; contrairement au corps pornographique de Sade, mécanique et parfait, celui-ci bute contre son humanité. De là ses apothéoses, ses surenchères perpétuelles, mais vaines. Le décadent est un nietzschéen à rebours, qui voudrait « en être » mais qui connaît ses limites.

Dès lors, quel palliatif apporter à l’ennui, ce mal inhérent à la condition humaine ? Schopenhauerien fervent, l’esthète tente de se tourner vers l’art, cette chimère de l’immortalité, et philosophe en solitaire dans sa « thébaïde raffinée4 », ultime refuge « hors du monde5 » qui s’apparente déjà à une abstraction. Tout en sachant bien que la maladie est mortelle. Dans un monde dépossédé peu à peu de tous ses secrets (c’est-à-dire de toutes ses promesses) et marqué irrémissiblement par la mort de Dieu6, l’espoir se tarit jusqu’à n’être plus qu’un mince filet de larmes, de pus et de sang. Il ne reste plus qu’à tenter de vivre dans cette trace mortelle, mais d’une seconde vie artificielle, lucide et mutilée de sa part vive, comme superposée à l’initiale, la conscience sur l’espoir joyeux. Il faut laisser se dérouler le pitoyable fil de l’existence et tenter de le suspendre, quand l’occasion s’en présente, aux fanions pauvres et cent fois brandis, du divertissement.

Mais le divertissement, depuis Pascal, est ce qui fait que l’on se perd, que l’on s’oublie, que l’on se soûle mortellement. La solitude est son pendant ; comme elle, il confronte l’être à sa propre disparition. La sensualité, la drogue, l’évasion dans un passé rendu illusoirement mythique par la seule puissance de l’imagination sont des remèdes chimériques et se révèlent de « misérables miracles ». Seul l’art permet l’échappée suprême hors de la médiocrité du monde. Mais l’art, loin d’étouffer la nostalgie, l’exacerbe au contraire.

Sherlock Holmes, qui mit un point d’honneur à hisser l’enquête criminelle au rang d’art véritable, fera de cette vérité la douloureuse expérience.

 

Ecarts et similitudes

 

Lorsque Conan Doyle imagine son personnage, celui-là même qui le fit accéder à cette notoriété qu’il s’imaginait, à tort, obtenir grâce à ses romans historiques, nous sommes en 1886. A Study in Scarlet paraît l’année suivante, dans un almanach7 : un héros vient de naître, pâle, émacié, idéaliste et désespéré. Il a pour nom Sherlock Holmes.

On renonce à trancher la question de savoir si l’homme a réellement existé. Les cyniques esquivent l’éventualité, les âmes romantiques espèrent secrètement. Il reste que le dandy de papier évolue souvent de la même façon que le dandy de chair, oscillant sans cesse entre imaginaire et réalité, passant perpétuellement des paradis artificiels au cauchemar du monde.

La personnalité holmésienne, si elle est parcourue d’influences décadentistes, est cependant beaucoup plus complexe et ne se réduit pas à un « type ». Assurément, le héros doylien procède du dandy, tout en s’en démarquant absolument, parce que sa vocation, sans doute, est plus haute. Chez lui, l’enracinement dans l’époque se double d’un dépassement absolu du temps. De là son accession à l’intemporalité, et donc, à l’héroïsme mythique. S’il participe de l’esthète, s’il en adopte volontiers l’ironie, le pessimisme et l’arrogance, il n’en partage pas la frivolité. L’hôte de Baker Street n’est rien moins que frivole. Dans sa quête passionnée d’une morale absolue, il est à des lieues de l’esthétisme pervers de ses contemporains. Il diffère ainsi profondément de la sensibilité fin de siècle, tout en lui étant infiniment lié.

C’est au cœur de Londres, au 221b Baker Street exactement, qu’habite l’illustre détective, dans un appartement qu’on imagine fait de boiseries sombres, de teintes acajou et de meubles séants, couleur de Stradivarius. Décence et rigidité. Acuité de l’esprit. Superbe indifférence du corps. Tout au plus s’y permet-on de fumer la pipe et, parfois, le cigare, et même la cigarette, qui sont divertissements de gentleman. Il arrive néanmoins que, dans le fond d’une pièce obscure, on introduise une aiguille dans la veine bleue d’un bras blanc, et qu’on y fasse jaillir quelque substance clandestine, histoire de rompre le spleen. Mais c’est alors raffinement d’intellectuel, divertissement spirituel, échappée vers un univers profus - jamais un vice8. L’Angleterre victorienne, si elle pratique l’hypocrisie (et notamment l’hypocrisie sexuelle) à un très haut degré, sauve néanmoins les apparences - contrairement à la France, qui multiplie ouvertement les références à Sade, à Restif, à Rabelais. Outre-Manche, on sait se tenir droit, on pratique une politesse exquise, on manie le paradoxe avec élégance. On essaie d’être civilisé. Mais les héros, eux, n’ont pas à se retrancher derrière des attitudes, ils n’ont pas à faire illusion : ils sont. Purs et sans tache, ils vont au bout de la logique du temps, chevauchent, hardiment chevauchent, au-dessus de la mêlée, vers quelque eldorado inconnaissable.

Car Sherlock Holmes est d’abord un héros, probablement le dernier. Paladin ultime de la littérature, il a sa place aux côtés d’Ulysse et de Don Quichotte. Certes la vieille tristesse espagnole s’est esthétisée, a dépassé les frontières ibériques. Elle est devenue la maladie européenne. En ce siècle finissant, les esprits souffrent d’acedia quand les corps, eux, se consument, victimes de perniciosa, dans la fréquentation interlope des villes d’eaux : Venise, Bruges, Londres. Londres et ses brouillards perpétuels, métaphore de l’âme humaine, emblème de ses tréfonds, de ses penchants inavouables. Holmes, lui, se promène au milieu des décombres, en souriant. Etrange sourire cependant, où l’ironie le dispute toujours à quelque certitude mortelle, comme s’il revenait lui-même de très loin – de là-bas, peut-être, de cet enfer des damnés où tout est mortellement lisible. Initié à la vérité du monde, il se reconnaît un droit à la misanthropie. Et comment échapper à la déréliction lorsque que l’on s’est, comme lui, spécialisé dans l’insoutenable étude de l’envers du décor ?

Le personnage doylien est un fruit parfait du décadentisme victorien. C’est un dandy, bien qu’il ne paraisse guère en dehors de la scène du crime, et c’est un esthète, quoiqu’il n’ait pas la manie de la collection – sinon celle des enquêtes criminelles. A l’instar de De Quincey, l’assassinat pour lui est « un des beaux-arts9 », et son élucidation constitue le suprême raffinement de l’art. Holmes, avant d’être détective privé, est d’abord un artiste10 de l’eau la plus pure, professant ce noble désintéressement11 cher à la théorie de « l’art pour l’art12 » de son époque. Il élève l’enquête policière au rang de chef-d’œuvre, et cite Flaubert : « L’homme n’est rien ; c’est l’œuvre qui est tout.13 » Il peint ses tableaux par touches précieuses, souvent sarcastiques, et se mire dans le regard de son fidèle et légendaire assistant, le docteur Watson. C’est un narcissique. Il lui faut un public, un faire-valoir, un admirateur fervent, et l’ancien combattant d’Afghanistan joue ce rôle à la perfection. « Vous possédez à un degré magnifique le don de silence ! »14, lui lancera Holmes avec malice. Le docteur est là pour mettre le détective en scène. S’il lui est « un compagnon incomparable15 », c’est que sa parole, essentiellement écrite, est à son service exclusif. Watson est le biographe, celui qui s’emploie à dévoiler au monde le génie, la brillante intelligence du « logicien le plus incisif et [du] policier le plus dynamique de l’Europe16 ».

Holmes n’a pas de vie sentimentale. Il se décrit lui-même comme un être incapable d’aimer17, et professe, en gentleman averti, le mépris des femmes18, d’une façon tout à fait paradoxale lorsqu’on songe que le mal qu’il combat est, dans la réalité comme dans la fiction, presque exclusivement œuvre masculine. La rencontre d’Irène Adler tempérera toutefois cette misogynie19 qui, notons-le, n’est jamais profanatrice, injurieuse ou grivoise. On est à des lieues de l’hostilité graveleuse, de la licence et de l’obscénité latines. Ici, point de lubricité ni d'affronts abrupts, bien au contraire : Holmes ne se départit jamais de l’extrême courtoisie britannique.

Certains exégètes un peu trop sensibles aux modes, comme cela arrive souvent, ont pu écrire que le duo formé par Holmes et Watson formait un ménage homosexuel typiquement victorien, enraciné dans le non-dit et voué au secret. Rien n’est cependant plus controuvé que cette affirmation, car Sherlock Holmes plane loin au-dessus du sexe et de ses turpitudes. Ce sujet ne l’intéresse pas, qu’il soit d’obédience masculine ou féminine. Sa possible androgynie, perceptible à travers d’épisodiques travestissements, ne dépasse pas le cadre ludique et utilitaire. Le héros, par nature, est d’abord un être asexué, dépris de la chair. Holmes n’éprouverait probablement que mépris, voire superbe indifférence, pour des êtres réduits à des expédients purement physiques qui, loin de rompre la monotonie de l’existence, ne font au contraire que l’entretenir et l’exacerber. Contre le décadent commun, point d’évasion ni de salut dans la sensualité, donc, quelque raffinement qu’on persiste à lui inventer. Le mental, chez lui, est venu à bout du corporel, ce qui explique que sa jouissance soit elle aussi d'ordre purement cérébral : si la cocaïne est un excitant, elle ne stimule jamais que l’esprit, dont elle fait exploser les limites. La drogue n’est pas pour le détective ce produit de consommation, cet ingrédient sensualiste qu’elle deviendra après Michaux et les poètes de la Beat Generation : elle n’est pour lors qu’un moyen d’exploration du champ de la conscience, cette conscience merveilleuse dans laquelle gît la révélation.

Si l’hôte de Baker Street partage certaines des attitudes du dandy fin de siècle, il s’en distingue ainsi radicalement sur le plan de la morale. Mais il l’égale et probablement le dépasse sur son propre terrain, dans sa volonté d’aller sans cesse au-delà des apparences pour remonter jusqu’aux sources du mal. A ses propres risques et périls, car on ne revient pas d’un tel voyage.

 

Clefs pour l’ombre

 

N’est-il pas troublant de constater que l’archétype littéraire du détective, celui dont la profession consiste à percer des énigmes policières, est lui-même présenté d’emblée comme un mystère20, comme si le véritable objet de cette succession d’enquêtes devait, in fine, percer le mystère suprême, le « cas Holmes » ?

L’art exige sans doute du créateur qu’il introduise son personnage par cela même qui le fascine et l’attire inexorablement, mais si chaque enquête du héros doylien trouve sa conclusion logique, et avec elle son élucidation, il demeure qu’à la fin des Aventures le mystère Holmes est loin d’être résolu. Il est cependant dans la logique de la littérature que plane un non-dit essentiel, même s’il y a par ailleurs révélation. C’est au lecteur de percevoir les signes et de les agencer de telle sorte que « le motif dans le tapis » transparaisse, sans pour autant que le dessin plus vaste qui l’enserre perde de sa force ou de son relief. Le lecteur est condamné à la conjecture perpétuelle, sans quoi l’enchantement se défait et la poésie s’envole. Néanmoins l’accumulation d’indices conduit-elle à forger des hypothèses, dont on peut esquisser les bases.

 

Origines d’une vocation

 

Si l’on s’interroge sur l’origine du penchant singulier que Holmes manifeste pour la criminologie21, on est obligé d’inventer au héros une enfance, à défaut d’un passé22, puisque la psychanalyse prétend que tout se joue dans le vert de la vie. A moins d’avoir lui-même vécu quelque épisode dramatique, c’est toujours par l’imagination, et donc par la lecture, qu’un enfant approche le monde (encore) interdit du crime.

Dans le cas du détective, l’on écartera définitivement l’hypothèse d’une scène traumatisante vécue dans les premières années : on n’a en effet aucun élément qui permette de confirmer ou d’infirmer cette supposition. Il est permis en revanche de voir en Holmes un enfant qui lut beaucoup et qui, par ce biais, développa ses facultés imaginatives.

La lecture est généralement un acte solitaire, qui procède lui-même de l’isolement, imposé ou choisi. Or l’hôte de Baker Street, s’il est sans amis23, n’est pas sans famille24. Il possède surtout un frère du nom de Mycroft, dont on ne découvre l’existence que tardivement dans le cycle25. Le criminologue dépeint son aîné comme un être véritablement prodigieux, hors du commun, génial, misanthrope et, conséquemment, solitaire26. Si une vive affection les unit, ils se fréquentent néanmoins très peu, et rien n’indique que cela ait pu être différent par le passé.

Holmes ne mentionne à aucun moment ses géniteurs, et cet « oubli » n’est probablement pas innocent. Son père ressemblait peut-être au propre père de Doyle27, auquel cas l’enfant se serait tourné, faute d’une image masculine satisfaisante, vers les preux chevaliers des livres. Celui qui par la suite devait incarner l’héroïsme se serait alors identifié à ces personnages illustres et, à travers cette identification, aurait préservé symboliquement le père du désastre, en lui procurant une sorte de rachat. Son attitude négative à l’égard des femmes puiserait quant à elle ses racines dans un amour maternel déficient28. Sa misogynie, souvent emplie d’amertume, peut être le symptôme de quelque déception initiale, lancinant chagrin qui n’aurait jamais trouvé à se résorber. Sans doute Holmes, sous des dehors insensibles, était-il capable d’aimer, mais il n’a pas osé : il a préféré haïr. Le détective n’a de ce fait aucune vie érotique ; son travail absorbe toute son énergie. Les psychanalystes, ayant pour habitude de tout ramener à la sexualité29, parleraient vraisemblablement ici de sublimation. Mais c’est oublier l’amour, le manque d’amour : s’il y a sublimation chez le héros doylien, c’est uniquement pour pallier ce défaut de tendresse originel, et non pour assouvir une libido depuis longtemps dépassée.

Le goût développé par le jeune Sherlock pour la littérature cesse donc d’être une hypothèse pour devenir une certitude : l’enfant malheureux chercha à fuir le réel insatisfaisant en plongeant dans le monde de l’imaginaire, où tous les rêves sont permis et les espoirs réalisés. On se représente sans peine les récits d’aventures remplacés peu à peu par des péripéties moins innocentes glanées au hasard des périodiques30, péripéties qui s’ancreraient cette fois dans la trame du réel. Watson note d’ailleurs dans une liste fameuse qu’il établit à propos de son compagnon que ses connaissances « en littérature à sensation [sont] immenses31 », et qu’il « semble posséder tous les détails de chaque crime horrible commis au cours du siècle32 ». Il y aurait ainsi, à la base de la vocation holmésienne, une curiosité morbide pour l’épouvantable, une fascination du gouffre que la lecture aurait d’abord comblée.

L’amour absent d’une mère insensible creusa dans l’âme de l’enfant une faille douloureuse que les histoires criminelles, parce qu’elles participaient de l’horrible, tentèrent d’adoucir par la surenchère. De cet amour maternel inconnaissable naîtra la quête de Holmes, sans cesse à la poursuite de l’objet perdu qui, dans son cheminement futur, deviendra la vérité, parce qu’elle seule peut répondre à la lancinante question : « Pourquoi ? »


Les rançons de la vérité

 

La fiction, si elle permet l’évasion dans un monde parallèle à la réalité banale et décevante, n’est cependant jamais que la vérité que dissimule le mensonge des adultes. Or la découverte du fruit de la connaissance, qui résulte de l’insatisfaction et de la curiosité, a un prix, d’autant plus élevé qu’on est jeune. Toute science se paye ici-bas, et le héros doylien n’échappera pas au châtiment. A travers la lecture, c’est l’imagination qui se développe, et l’imagination est dangereuse parce qu’elle met l’homme sur la voie de la vérité, dont la science n’est destinée qu’à Dieu. « L’horreur ne va pas sans l’imagination33 », observera Holmes. Qu’on inverse les termes de la phrase et l’on aura peut-être une idée des affres que traverse celui qui s’est fait une vocation de deviner :

« Savez-vous, Watson, […] que je suis victime d’une malédiction ? Un esprit comme le mien ne peut pas faire autrement que de considérer toute chose uniquement par rapport à son métier. Vous, vous regardez ces maisons éparpillées dans le paysage, et vous les trouvez belles. Moi, je les regarde aussi, et la seule pensée qui me vient à l’idée, c’est qu’elles sont bien isolées et qu’un crime commis par ici aurait beaucoup de chances de rester impuni.

- Dieu du ciel ! […] Pourquoi associer le crime à ces chères petites demeures ?

- Elles me remplissent toujours d’une certaine horreur. Mon sentiment, Watson, basé sur l’expérience, est que les ruelles les plus sordides de Londres enrichissent beaucoup moins les annales du crime que cette campagne souriante et verdoyante. […] Considérez ces maisons isolées, encloses chacune dans ses propres terres, habitées pour la plupart par de pauvres gens qui ignorent quasiment tout de la loi. Songez à ces manifestations d’infernale cruauté, de méchanceté rusée qui peuvent se donner libre cours, tantôt ici, tantôt là, à l’insu du monde entier. »34

Là où le docteur ne perçoit que joliesse, quiétude et ingénuité, son compagnon, lui, pressent l’horrible vérité derrière l’apparence banale, le visage grimaçant derrière le masque lisse, l’autre face de la persona : « l’homme est [cette] étrange énigme35 » qu’il s’est chargé de percer à jour. De là son inaptitude au bonheur, à l’espérance, car tout en l’homme se destine au mal. « Je m’appelle Sherlock Holmes. C’est mon métier de savoir ce que les autres gens ne savent pas36 ». « C’est mon métier de connaître des tas de choses. Peut-être me suis-je entraîné à voir ce que d’autres ne voient pas…37 » Il est condamné à tout voir, à tout savoir. Cette pénétration absolue du cœur humain, ce trait divin, l’accule au désenchantement. S’il lui arrive de rire, ce rire ne peut être que silence38, ou sarcasme39 : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Tout ce qui est a déjà été40 ». La nature humaine est toujours tragiquement la même.

A l’odieuse réalité il faut absolument échapper, et s’efforcer, vaille que vaille, au divertissement. D’une essence austère, raffinée, Sherlock Holmes, parce qu’il répugne aux plaisirs grossiers que dispense le monde, comblera son ennui par une personnalité protéiforme et carnavalesque dont les facettes ironiques sont autant de bouteilles jetées dans la mer de la désillusion.

 

Un roi sans divertissement

 

L’enquête criminelle constitue pour le logicien un délassement, un jeu, une sorte d’énigme purement cérébrale, sa manière personnelle, avec la cocaïne, d’échapper aux « épines de la vie »41, dont la plus acérée est incontestablement celle de l’ennui, le « monstre délicat » de Baudelaire42. Son narcissisme exacerbé, son goût de la mise en scène, du déguisement et de l’effet dramatique sont autant de feintes pour échapper à l'intolérable platitude de l’existence.

 

L’homme ennuyé

 

Flaubert avait inauguré le motif de la fenêtre dans Madame Bovary. Trente ans plus tard, celui-ci n’a rien perdu de son acuité : dans l’appartement de Baker Street, on regarde souvent par cette ouverture commode sur le théâtre du monde. Nombre d’enquêtes débutent ainsi. Et pour cause : on y guette sans cesse l’instant où « le fil rouge du meurtre se mêle[ra] à l’écheveau incolore de la vie43 ». Parfois l’attente est récompensée44, l’extérieur apportant son lot d’excitations nouvelles. Elle est d’autres fois cruellement déçue :

« Approchez-vous de la fenêtre, [Watson]. Le monde a-t-il jamais été aussi lugubre, médiocre et ennuyeux ? Regardez ce brouillard jaunâtre qui s’étale le long de la rue et qui s’écrase inutilement contre ces mornes maisons ! Quoi de plus cafardeux et de plus prosaïque ? Dites-moi donc, docteur, à quoi peuvent servir des facultés qui restent sans utilisation ? Le crime est banal, la vie est banale, et seules les qualités banales trouvent à s’exercer ici-bas45 ».

La fenêtre devient ainsi le symbole de l’attente, marque de l’ennui. Londres est l’archétype de la cité européenne, grise, séculaire, harassée. L’habitant d’une telle ville se sent fatalement à bout de souffle, et devient la proie d’une inéluctable lassitude. L’envie le prend alors de s’ « envoler […] par cette fenêtre, [pour] planer au-dessus de Londres et […] soulever doucement les toits, […] risquer un œil sur les choses bizarres qui se passent, sur les coïncidences invraisemblables, les projets, les malentendus, sur les merveilleux enchaînements des événements qui se sont succédé à travers les générations pour aboutir à des résultats imprévus à l’origine46 ». L’extraordinaire don visionnaire de Holmes l’autorise à revêtir le masque d’Asmodée chaque fois que le destin le lui permet, mais le destin est capricieux par nature, et l’énigme se fait désirer : « Il n’y a plus de grandes affaires. L’homme, ou du moins le criminel, a perdu en audace et en originalité47 », se lamentera-t-il à plusieurs reprises.

De là des périodes de prodigieuse activité qui succèdent à des phases d’apathie profonde :

Dans ses accès de travail, il déployait une énergie à toute épreuve ; puis venait la réaction : pendant de longues journées, il restait étendu sur le canapé sans rien dire, sans remuer un muscle, depuis le matin jusqu’au soir. Alors son regard devenait si rêveur et si vague, que j’aurais pu le soupçonner de s’adonner à quelque narcotique ; mais sa sobriété en tout, sa tempérance habituelle interdisaient une telle supposition48.

Le docteur, hélas, ne tardera pas à déchanter, finissant par découvrir le vice secret de son colocataire. Pourtant, lorsque Holmes recourt à la cocaïne, c’est uniquement « pour protester à sa manière contre la monotonie de l’existence49 ». A Watson qui lui reproche sa dépendance, il répond :

« Mon esprit refuse la stagnation […] ; donnez-moi des problèmes, du travail ! Donnez-moi le cryptogramme le plus abstrait ou l’analyse la plus complexe, et me voilà dans l’atmosphère qui me convient. Alors je puis me passer de stimulants artificiels. Mais je déteste trop la morne routine de l’existence ! Il me faut une exaltation mentale : c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi cette singulière profession ; ou plutôt, pourquoi je l’ai créée, puisque je suis le seul au monde de mon espèce50 ».

Seule « la logique [l]e sauve de l’ennui51 ». Mais « l’inhabituel et […] le fantastique52 » ne courent pas les rues, aussi la morosité revient-elle fatalement à l’assaut :

« Hélas ! je le sens [l’ennui] qui me cerne encore !… Ma vie est un long effort pour m’évader des banalités de l’existence53 »…

 

Le poète

 

Il est cependant un autre expédient à la lassitude que la drogue et l’analyse : la poésie. Par ce terme il faut comprendre certes la poésie en tant que telle, mais aussi ses manifestations plus évanescentes que sont la musique et la bohême.

Etrangement Holmes n’affectionne guère la campagne, probablement parce qu’il y voit le théâtre privilégié de l’horrible54. A un moment inattendu pourtant, il se prendra de passion pour une rose, ce qui donnera lieu à un monologue métaphysique quasi shakespearien, d’autant plus bouleversant qu’il est unique dans les Aventures :

Il alla du lit vers la fenêtre ouverte et soutint la fleur penchée d’une rose moussue, en admirant la délicate harmonie du rouge et du vert. Je découvris là un nouvel aspect de son caractère, car je ne l’avais jamais vu auparavant s’intéresser aux créations de la nature.

- Nulle part la déduction n’est plus nécessaire que dans la religion, dit-il en s’adossant contre les volets. Le logicien peut en faire une science exacte. Il me semble que notre plus forte raison de croire en la bonté de la Providence repose dans les fleurs. Toutes les autres choses, nos qualités, nos désirs, notre nourriture, sont réellement indispensables à notre existence. Mais cette rose est un luxe. Son parfum et sa couleur sont un embellissement de la vie, mais pas une condition de la vie. C’est une bonté de la Providence qui procure à l’homme ces superflus, et voilà pourquoi je répète que nous devons beaucoup espérer des fleurs55.

Ce sera le seul instant de grâce éprouvé par le héros, l’unique moment où il se prendra à espérer. Et c’est une fleur qui réalise ce miracle.

Mais l’aspect le plus fascinant de Holmes réside assurément dans son amour du violon (dont il est dit qu’il constitue « son occupation favorite56 »), instrument romantique s’il en est et dont il tire avec virtuosité de bien singuliers accords. « Talent remarquable, mais excentrique comme tous ses autres talents57 », remarque à ce propos le raisonnable Watson, définitivement imperméable à l’extravagance, aux bizarreries de son compagnon, et répugnant à ses « soli exaspérants58 ». Lorsqu’il est en verve, le détective discourt volontiers « sur les violons de Crémone, sur les mérites relatifs du stradivarius et de l’amati59 », manifestant un goût prononcé pour la musique en général :

Vous vous rappelez ce que Darwin a dit de la musique ? Il prétend que, chez les hommes, la faculté de la produire et de l’apprécier a précédé de beaucoup la parole. C’est peut-être pour cela que l’influence qu’elle exerce sur nous est si profonde60.

Elle est pour lui un enchantement, l’idéale évasion « pour oublier ce temps de misère ainsi que le comportement encore plus misérable de [ses] congénères61 », parce qu’elle est la poésie pure, cet état de perfection esthétique et morale qu’il brigue sans cesse.

Sa sensibilité lui fait préférer l’allemande à la française et à l’italienne62 (il joue Mendelssohn à ravir). Avec le désespoir, la solitude et la mort, la musique formait d’ailleurs le nerf de cette éthique outre-Rhin dans laquelle Thomas Mann longtemps devait se complaire. Elle procure au génie de l’induction les délices de l’intellect et le sentiment des béatitudes. Sa volonté de puissance se dilue dans la souffrance, qui elle-même s’anéantit dans l’extase de la musique, dont le charme morbide et néoromantique excite et endort tout à la fois.

La musique, par définition, transcende l’être jusqu’à la poésie absolue, élevant l’âme au-dessus d’elle-même, mais risquant aussi de la noyer dans un excès d’amertume et d’illusions63. Le sang ultime du héros charrie dans son flot sombre les inquiétudes et les sursauts d’un continent qui s’est pris d’amour pour lui-même. La vieille Europe, décadente et glacée, a inventé l’excès spirituel quand l’Orient, lui, révéla la chair. Holmes est l’envers de la chair, alors même que la drogue l’y ramène. Mais un corps de drogué est prompt à s’effacer, à s’oublier, à s’anéantir dans l’excès spirituel. Le désir n’y peut être que cérébral et platonique. S’il est lié à la mort et à la beauté, c’est en vertu de la poésie même, qui exige de l’artiste qu’il dépasse le monde, qu’il en fasse son inspiration. Dès lors, celui-ci, pris dans les rets du désir (délire) poétique, succombe soit à la mort, soit à la folie.

Ses goûts littéraires l’orientent également en partie dans la voie romantique. Celui dont Watson put dire que ses connaissances en littérature étaient « nulles64 » lit pourtant Goethe dans le texte, et avoue sa prédilection pour Richter. Il n’apprécie guère Carlyle, cite en revanche Shakespeare, Boileau et La Rochefoucauld de mémoire. Sa misogynie est agréablement stimulée par les vers de Hâfiz, mais dans le même temps il lit Pétrarque et George Meredith. Il évoque encore Horace et jusqu’aux transcendantalistes américains.

Le docteur s’immerge pour sa part dans Les Scènes de la vie de bohême de Murger, probablement pour s'acclimater à la propre bohême de son ami :

Dans le caractère de […] Sherlock Holmes, une anomalie m’a souvent choqué : bien que dans sa démarche intellectuelle il fût le plus méthodique et le plus ordonné de tous les hommes, bien qu’il affectât aussi pour s’habiller d’une certaine élégance du genre strict, il pratiquait dans la vie courante un débraillé qui aurait jeté hors de ses gonds n’importe quel compagnon d’existence65.

Holmes, qui possède à un haut degré la passivité de l’oriental66, dépose son tabac dans le fond d’une babouche, range ses cigares dans un seau à charbon et parsème l’appartement des résidus de ses enquêtes chimiques et criminelles.

Mais toutes ces excentricités, ainsi que sa prédilection pour la poésie, ne visent qu’à consolider un personnage auquel le héros ne croit pas le moins du monde, malgré de furieux assauts narcissiques. A l’instar du dandy décadent, il s’efforce à la bizarrerie pour (se) donner l’illusion d’exister, il orne son âme et « baroquise », dans le seul but d’échapper à la monotonie sans remède de ce phénomène étrange qu’on appelle la vie.

 

L’homme sans nom

 

L’intime connaissance de son prochain plonge le détective dans un pessimisme absolu, lequel, allié à son génie, vérifie le diagnostic aristotélicien. Comment s’étonner, dès lors, de sa noire misanthropie ? Holmes, parce qu’il sait, devient l’ennemi du genre humain. Il est donc prodigieusement solitaire. « En-dehors de vous, je n’ai pas d’ami67 », avouera-t-il froidement à Watson. Sa vocation altruiste, probablement compensatoire, dissimule mal l’orgueilleux mépris qu’il voue à ses semblables, sans d’ailleurs qu’il le profère explicitement68 : on est gentleman ou on ne l’est pas.

« Je ne me rappelle pas, Watson, avoir jamais été un individu très sociable : je préférais m’enfermer dans ma chambre afin de mettre au point mes petites méthodes personnelles de raisonnement : si bien que je ne me mêlais guère aux garçons de mon âge. En dehors de l’escrime et de la boxe, le sport ne me tentait pas. Je consacrais donc mon attention à des sujets fort différents de ceux qui passionnaient mes camarades. Le résultat fut qu’entre eux et moi il n’y avait aucun point de contact69. »

Tout, chez Holmes, procède par allusions secrètement ironiques. Son intolérance et son froid génie l’isolent du reste de l’humanité, qui lui porte des sentiments souvent contradictoires et mal définis, où la peur, la crainte et l’admiration entrent à parts égales. « C’est un personnage si imperméable !70 », lance un protagoniste, soulignant involontairement la vocation énigmatique du criminologue71. Holmes suscite également colère, haine et jalousie parce qu’il est, à l’instar de Dieu, celui qui lit dans les cœurs comme dans un livre ouvert. On ne peut échapper à la sonde puissante de son esprit : il connaît son humanité sur le bout des doigts. Ses dons phénoménaux frappent l’entendement au sens littéral du terme, et l’apparentent quasiment à un sorcier72. Du surhumain à l’inhumain, il n’y a qu’un pas que Watson n’hésite pas à franchir, voyant en son ami « la machine à observer et à raisonner la plus parfaite qui ait existé sur la planète73 », « un phénomène à part, un pur cerveau, un être aussi déficient sous le rapport de la sympathie humaine que comblé des dons de l’intelligence74 ».

Sur le plan physique, Holmes procède à la fois du rapace et du fantôme. « Sa personne même, son apparence ne pouvaient laisser de frapper l’observateur le plus distrait75 », remarque le docteur, qui voit dans l’allure hiératique du criminologue la confirmation de ses extraordinaires facultés spirituelles. Son visage « impénétrable76 » lui évoque à plusieurs reprise celui « d’un Indien peau-rouge77 ». Cette comparaison ancre le héros dans un passé enfui, à l’instar de sa passion pour les livres gothiques78, qui le renvoie à des temps révolus et vaguement sinistres. Sa haute taille79 décuple encore son extrême minceur ; « ses joues creuses80 », « ses yeux […] vifs et perçants […], son nez aquilin et fin81 » achèvent de conférer à sa physionomie un caractère singulier, presque angoissant.

Mais peut-être sont-ce ces « longues mains fines [qui] se nou[ent] et se dénou[ent] en faisant craquer leurs os82 », aux « longs doigts pâles et nerveux83 », qui sont les plus impressionnantes, douées semble-t-il d’une vie indépendante, s’apparentant à celles, implacables, du Vengeur. Il n’est pas jusqu’à Watson qui ne conçoive de son bizarre compagnon quelque rêve fantastique :

Une chambre à deux lits, spacieuse et confortable, avait été mise à notre disposition. Je ne fus pas long à me glisser dans les draps, car ma nuit d’aventures m’avait fatigué. Sherlock Holmes, lui, quand il avait un problème à résoudre, pouvait demeurer des jours entiers, et même une semaine sans se reposer […]. En tout cas, il me parut disposé, cette nuit-là à ne pas se coucher. Il retira sa veste et son gilet, enfila une longue robe de chambre bleue, puis se mit en mesure de construire avec les oreillers de son lit et les coussins du canapé une sorte de divan oriental, au sommet duquel il se percha, jambes repliées […]. A la faible lumière de la lampe, je le vis assis là-haut, une vieille pipe de bruyère entre les dents, contemplant d’un regard vide un coin du plafond ; la fumée bleue dessinait ses orbes paisibles ; il était aussi immobile que silencieux ; ses traits aquilins, bien accusés, se dessinaient sur le mur dans une ombre gigantesque. Ce fut sur ce tableau que je sombrai dans le sommeil84.

Cet aspect plein d’inquiétante étrangeté servira les desseins du détective qui souvent apparaîtra, lors même qu’il dévoilera son identité (mais Sherlock Holmes est-il une identité d’ici-bas ?), comme l’homme sans nom :

[Holmes] se faufila à travers les groupes qui flânaient autour des boutiques et rattrapa le petit type. Il posa sa main sur son épaule ; l’homme sursauta, et je pus constater à la lueur d’un réverbère qu’il était blanc comme un mort.

- Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? interrogea-t-il d’une voix tremblante.

- Vous voudrez bien m’excuser, dit Holmes avec un grand sang-froid. Mais je n’ai pas pu faire autrement qu’entendre les questions que vous avez posées au marchand il n’y a qu’un instant. Je crois que je puis vous être de quelque secours.

- Vous ? Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous en savez ?

- Je m’appelle Sherlock Holmes. C’est mon métier de savoir ce que les autres gens ne savent pas85.

Le héros doylien, d’emblée mis en scène par l’effroi qu’il inspire, devient une sorte de hantise formelle à conjurer. Des situations identiques se reproduiront régulièrement au cours des Aventures86. Loin d’en désavouer l’ambiguïté, il en jouera à sa manière :

Une sorte d’angoisse se leva dans les yeux noirs expressifs de la jeune fille.

- Mais vous êtes donc le diable ! s’exclama-t-elle. […]

Elle sourit, mais le visage aigu de Sherlock Holmes ne lui retourna pas son sourire87.

Holmes, cependant, craint d’être handicapé par son mythe. Si celui-ci comble son orgueil, il tient néanmoins à préserver son indépendance afin de poursuivre seul sa quête, ourdissant une métamorphose à son image. D’où une suite de tentatives destinées à casser son personnage et à l’orienter vers le réalisme ou l’équivoque, en une mise en abyme prodigieuse.

 

L’homme de théâtre

 

Au théâtre du monde doit répondre le théâtre de Narcisse. La fin du XIXe siècle consacre le règne de l’individualisme, qui se manifeste d’abord par un état d’âme (la solitude hautaine) pour sombrer ensuite dans l’utopie de l’Übermensch et les aberrations multiples de l’égoïsme. Il est un facteur crépusculaire en ce qu’il divise l’énergie sociale :

Si l’énergie des cellules devient indépendante, les organismes qui composent l’organisme total cessent pareillement de subordonner leur énergie à l’énergie totale et l’anarchie qui s’établit constitue la décadence de l’ensemble. L’organisme social n’échappe pas à cette loi : il entre en décadence aussitôt que la vie individuelle s’est exagérée88.

Holmes devient, à travers son statut de vengeur infernal et solitaire, l’une des incarnations privilégiées de ce nouvel individualisme. Il n’en est pourtant pas la dupe, et son orgueil éclate paradoxalement dans le gauchissement ironique qu’il impose à son personnage.

Watson s’avoue à de nombreuses reprises choqué par l’égotisme exaspérant de son ami89, qui se dépeint incessamment comme « le secours suprême90 » de ceux « qui se débattent dans une nuit qu’ils [lui] demandent d’éclairer91 ». Le détective considère avec un mépris affiché ses illustres confrères, du Lecoq de Gaboriau (« une misérable savate !92 ») au Dupin de Poe (« un type tout à fait inférieur93 ») en passant par les inspecteurs du Yard dont il se gausse à loisir – et à raison. Son chroniqueur note sarcastiquement « qu’il était aussi sensible à un compliment sur son art qu’une jeune fille peut l’être à une flatterie touchant sa beauté94 ». Holmes est par ailleurs fort conscient de cette tare, allant jusqu’à concéder « qu’ [il] ne [s]e range pas parmi les gens qui placent la modestie au nombre des vertus95 ».

Cette formidable vanité trouve son apothéose dans le théâtre et les déguisements dont le héros raffole. « [Ma] profession serait bien terne, bien sordide, si nous ne procédions pas de temps en temps à une savante mise en scène pour glorifier nos résultats », confesse-t-il. Il se travestira souvent, pour les besoins de l’enquête certes mais aussi pour se flatter de n’être pas reconnu en tant que Sherlock Holmes.

Ce qui est une autre manière de démontrer que Sherlock Holmes, décidément, est unique ; que lorsqu’il lève le masque, révélant son identité, « ça marche encore ! ». Watson, dupe privilégiée mais ravie de ces effets d’illusion, s'émerveillera chaque fois de la perfection du costume, qu’il soit celui d’un valet (« Le Diadème de béryls ») ou d’un ecclésiastique (« Un scandale en Bohême », « Le dernier problème »).

Pierre Nordon écrit à juste titre que « le cycle des aventures se présente comme un spectacle de magie96 ». Mais Holmes est un illusionniste qui répugne à dévoiler ses ruses :

« Vous savez qu’un magicien perd son prestige en expliquant ses tours. Si je vous révélais toute ma méthode, vous penseriez qu’après tout je suis un type très ordinaire97. »

L’acteur procède par définition du mystère. C’est par le mystère qu’il réussit à préserver son aura, par le mystère encore qu’il parvient à construire son mythe. Et de cela, le fantasque logicien a pleine conscience.

Le héros doylien est ce roi sans divertissement qui tente, de façon toute prométhéenne, de dérober au divin les instruments de sa gloire, qui se fabrique sur mesure, et presque sans y penser, un personnage énigmatique, hors norme et dramatique, dans le seul but d’apparaître, non seulement aux autres, mais principalement à lui-même.

Cependant l’illusion, si elle est un mensonge commode, n’en demeure pas moins tragique. Les apparences, en effet, sont trompeuses ; il ne faut pas s’y fier. Ainsi ce n’est pas parce que vous avez une mère qu’elle vous aime. Et ce n’est pas non plus parce que vous êtes détective que vous êtes au-dessus de tout soupçon.

 

 


NOTES :

1 Huysmans, A rebours (1884), Paris, Gallimard, coll. Folio, 1977, p. 349. Ce roman, qui fut la « bible » de Paul Valéry et du mouvement décadent, a pour héros l’immémorial Jean des Esseintes.

2 Sade, La Philosophie dans le boudoir (1795), Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1998, p. 3.

3 Huysmans, op. cit., p. 211.

4 Ibid., p. 84.

5 Voir le poème de Thomas Hood, The Bridge of Sighs (1884). Baudelaire reprit les vers 70-71 pour en faire le titre de l’un de ses Petits Poëmes en prose. Poe les avait déjà utilisés dans The Poetic Principle.

6 Nietzsche, Also sprach Zarathustra (1883-1885). Tr. fr. Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Librairie Générale Française, coll. Le Livre de Poche, 1983 (tr. Georges-Arthur Goldschmidt), p. 7. La « bonne nouvelle » de Zarathoustra, précédemment apportée par Henrich Heine dans le second livre de Zur Geschichte der Religion und Philosophie in Deutschland (1835) : « Entendez-vous la clochette ? Agenouillez-vous. On apporte les sacrements à un Dieu mourant. » Jean-Paul Richter, en 1790, avait déjà annoncé la mort de Dieu dans son Siebenkaes.

7 Voir supra, note 37.

8 « [L]es habitudes fort simples [de Holmes] frôlaient l’austérité. En dehors de la cocaïne dont il usait par intermittences, je ne lui connaissais pas de vice » (Watson). Conan Doyle, « The Yellow Face » (1893), in Memoirs of Sherlock Holmes. Tr. fr. « La Figure jaune », in Les Mémoires de Sherlock Holmes, Paris, Editions Robert Laffont, coll. Bouquins, tome I, 1987 (tr. Bernard Tourville), p. 496. Dès le début, le docteur avait remarqué « [l]a sobriété en tout, [l]a tempérance habituelle » de son compagnon (Une étude en rouge, p. 14).

9 En écho au livre éponyme de De Quincey, De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts.

10 « Si je revendique pleine justice pour mon art, c’est parce que, justement, cet art est une chose impersonnelle, qui me dépasse moi-même ». « Les Hêtres-Rouges », p. 445-446.

11 « Holmes aimait tellement son art qu’il était aussi disposé à accorder son aide que son client à la solliciter ». Conan Doyle, « The Naval Treaty » (1893). Tr. fr. « Le Traité naval », in Les Mémoires de Sherlock Holmes, p. 640. Cependant il déroge volontiers à cette règle lorsqu’il a devant lui des personnages riches, prestigieux et infatués.

12 Holmes emploiera d’ailleurs l’expression : « L’homme qui a la passion de l’art pour l’art […] tire souvent ses plaisirs les plus délicats de manifestations mineures ou soi-disant inférieures ». « Les Hêtres-Rouges », p. 445. Il se démarque pourtant radicalement de cette théorie par la moralité scrupuleuse qu’il manifeste dans sa vie et dans ses œuvres, à la différence d’un Wilde pour qui « la sphère de l’art et la sphère de l’éthique sont absolument distinctes et séparées » (lettre de juin 1890 à l’éditeur de la Saint James Gazette).

13 Conan Doyle, « The Red Headed League » (1891). Tr. fr. « La Ligue des rouquins », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 256.

14 Conan Doyle, « The Man with the Twisted Lip » (1891). Tr. fr. « L’Homme à la lèvre tordue », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 320.

15 Ibid.

16 Conan Doyle, « A Scandal in Bohemia » (1891). Tr. fr. « Un scandale en Bohême », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 217.

17 « Je n’ai jamais aimé, Watson ». Conan Doyle, « The Devil’s Foot », in His Last Bow. Tr. fr. « L’Aventure du pied du diable », in Son dernier coup d’archet, Paris, Editions Robert Laffont, coll. Bouquins, tome II, 1979 (tr. fr. Gilles Vauthier), p. 668.

18 « On ne peut jamais faire totalement confiance aux femmes ; pas même aux meilleures d’entre elles ». Conan Doyle, The Sign of the Four (1890). Tr. fr. Le Signe des Quatre, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins, tome I, 1987 (tr. fr. Michel Landa), p. 165. Holmes croit encore que « les femmes sont naturellement cachottières » (« Un scandale en Bohême », p. 226). Il est également souvent question au cours des Aventures de la fameuse intuition féminine, censée être le pendant (bien sûr inférieur) de l’intelligence et de la rationalité masculines. Le héros doylien, à l’instar de Watson et de l’ensemble des hommes de son temps, admet donc l’existence d’une « nature » féminine, incapable de discerner derrière cette prétendue nature le résultat de siècles d’éducation patriarcale. Cette évidence du primat de la culture avait pourtant été dénoncée par le philosophe féministe J. S. Mill en 1869, dans The Subjection of Women. Conséquence directe de cette aliénation, les femmes elles-mêmes conçoivent leur propre sexe comme inférieur : « Devant choisir entre [mon mari et mon enfant], dans ma faiblesse de femme je me suis détournée de ma petite fille », dit ainsi Mme Grant Munro dans « La Figure jaune », p. 512. (Nous soulignons.)

19 « Et voici pourquoi un grand scandale menaçait le royaume de Bohême, et comment les plans de M. Sherlock Holmes furent déjoués par une femme. Il avait l’habitude d’ironiser sur la rouerie féminine ; depuis ce jour, il évite de le faire. Et quand il parle d’Irène Adler, ou quand il fait allusion à sa photographie, c’est toujours sous le titre très honorable de la femme ». « Un scandale en Bohême », p. 233.

20 « Il n’est pas facile d’exprimer l’inexprimable ! […] [Holmes] a un don de divination extraordinaire. Plusieurs ont cherché sans succès à se l’expliquer.

    - Oh ! un mystère ? A la bonne heure ! dis-je en me frottant les mains. C’est très piquant. Je vous sais gré de nous avoir mis en rapport. L’étude de l’homme est, comme vous le savez, le propre de l’homme.
    - Alors étudiez-le ! dit Stamford en prenant congé de moi. Mais vous trouverez le problème épineux !… »

[Nous soulignons.] Conan Doyle, A Study in Scarlet (1887). Tr. fr. Une étude en rouge, Paris, Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins, tome I, 1987 (tr. fr. Pierre Baillargeon), p. 9-13.

21 Stamford, l’homme qui met en présence Holmes et Watson, use d’ailleurs d’une plaisante périphrase pour définir le détective : « Vous êtes les annales ambulantes du crime ! », lui lance-t-il. Ibid., p. 12.

22 On ne sait pratiquement rien de l’existence de Holmes avant sa rencontre avec Watson, son biographe.

23 Voir infra, note 104.

24 « Mes ancêtres étaient des petits propriétaires de la campagne qui ont mené une existence conforme à leur classe sociale. Toutefois j’ai choisi un genre de vie bien différent, peut-être parce que ma grand-mère était la sœur de Vernet, le peintre français. L’art dans le sang peut s’épanouir des façons les plus diverses ». Conan Doyle, « The Greek Interpreter » (1893). Tr. fr. « L’Interprète grec » in Les Mémoires de Sherlock Holmes, p. 622.

25 « Quand je dis donc que mon frère Mycroft est doué d’un pouvoir d’observation supérieur au mien, vous pouvez considérer que je vous dis la vérité vraie ». Ibid., p. 623.

26 Le Club Diogène, dont Mycroft est l’un des fondateurs, suffirait à lui seul à démontrer son génie : « Dans Londres il y a beaucoup d’hommes qui, soit par timidité, soit par misanthropie, ne recherchent pas la société. Mais ils n’en sont pas pour autant adversaires des bons fauteuils et des derniers périodiques. C’est pour leur convenance que le Club Diogène a été lancé, et il compte aujourd’hui les hommes les plus insociables et les moins mondains de la capitale. Aucun membre du Club Diogène n’est autorisé à s’intéresser à l’un quelconque de ses collègues. Sauf dans le salon des étrangers, personne n’a le droit de parler sous aucun prétexte ; à la troisième infraction, le bavard peut être frappé d’expulsion ». Ibid., p. 624.

27 Voir supra, note 2. On trouverait alors une explication à la tempérance de Holmes, qui serait sa propre manière d’effacer les excès du père, comme Doyle, en créant le détective, chercha à réhabiliter le sien. Le mépris ouvertement affiché du héros pour les opiomanes qui sont, à l’instar des alcooliques, des hommes déchus, est révélateur du ressentiment de l’écrivain : « Si vous aviez la bonté de vous débarrasser de cet abruti, je serais enchanté d’avoir avec vous une petite conversation. […] En bref, Watson, je suis plongé dans une enquête passionnante, et j’espérais découvrir une piste en écoutant les bavardages incohérents de ces idiots ». « L’Homme à la lèvre tordue », p. 318-319.

28 La situation de Mycroft est identique à celle de son puîné : c’est un célibataire qui n’a pas de relations avec les femmes.

29 Manie dénoncée notamment par George Steiner lorsqu’il écrit à propos du fondateur de la psychanalyse : « Freud est l’un des plus grands créateurs de mythes, et l’un des plus grands écrivains. […] Son incroyable surévaluation du sexuel, l’alphabet archaïque des rêves qu’il expose avec un réel génie du style, son agnosticisme stoïque, disparaissent rapidement dans le somptueux mausolée de la ‘‘ Belle Époque ’’ européenne, patriarcale et ‘‘ middle class ’’. » Review of J.M. Masson’s Freud : The Assault on Truth. The Sunday Times, 27 mai 1984.

30 Le lecteur initié n’ignore pas la prédilection de Holmes pour les journaux, particulièrement pour les rubriques « faits divers » et « petites annonces ».

31 Une étude en rouge, p. 16.

32 Ibid., p. 16-17.

33 Ibid., p. 38.

34 « Les Hêtres-Rouges », p. 454-455.

35 Le Signe des Quatre, p. 177.

36 Conan Doyle, « The Blue Carbuncle » (1892). Tr. fr. « L’Escarboucle bleue », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 351.

37 Conan Doyle, « A Case of Identity » (1891). Tr. fr. « Une affaire d’identité », op. cit., p. 260.

38 « A quelques mètres de là, il s’arrêta sous un lampadaire et rit de tout son cœur, mais silencieusement, comme lui seul savait le faire ». « L’Escarboucle bleue », p. 350.

39 « Ce ricanement cassant qui était chez lui le plus proche du rire ». Conan Doyle, « The Sussex Vampire », in The Case-Book of Sherlock Holmes. Tr. fr. « Le Vampire du Sussex », in Les Archives de Sherlock Holmes. Cité et traduit par Pierre Nordon, op. cit., p. 31.

40 Une étude en rouge, p. 27.

41 Voir supra, note 39.

42

    « Mais parmi […] les monstres glapissants […],
    Dans la ménagerie infâme de nos vices,
    Il en est un plus laid, plus méchant , plus immonde ! […]
    C’est l’Ennui ! […]
    Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
    - Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère ! »

Baudelaire, « Au lecteur », in Les Fleurs du mal (1857 ; 1861 ; 1868), Paris, Editions du Panthéon, coll. « Pastels », 1946, p. 8.

43 Une étude en rouge, p. 37.

44 « Holmes ! appelai-je. » J’étais en train, ce matin-là, de regarder par notre fenêtre dans Baker Street. – Holmes ! répétai-je. Un fou en liberté se promène. Triste spectacle ! […] » Paresseusement, mon ami émergea de son fauteuil ; mains enfouies dans les poches de sa robe de chambre, il vint plonger par-dessus mon épaule pour voir la scène ». C’est ainsi que débute « Le Diadème de Béryls ». Conan Doyle, « The Beryl Coronet » (1892). Tr. fr. « Le Diadème de béryls », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 422.

45 Le Signe des Quatre, p. 113-114.

46 « Une affaire d’identité », p. 257.

47 « Les Hêtres-Rouges », p. 446.

48 Une étude en rouge, p. 14.

49 « La Figure jaune », p. 496.

50 Le Signe des Quatre, p. 108.

51 « La Ligue des rouquins », p. 256.

52 Conan Doyle, « The Speckled Band » (1892). Tr. fr. « Le Ruban moucheté », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 357.

53 « La Ligue des rouquins », p. 256.