CHAPITRE III

 

SOLEIL NOIR

 

Sherlock Holmes n’est pas apparu par hasard. Pour cette raison, il ne peut être considéré comme un personnage de fiction banal. Légitime produit de son temps, il en révèle impitoyablement les doutes et les imperfections, jusqu’à les refléter d’une façon singulière et infiniment complexe. L’ombre du héros s’en trouve par là même enrichie : de la certitude du mal inhérent à lui-même, il développera un pessimisme absolu. Ce constat d’échec précipitera sa fin.

 

Le privé 1

 

Dans la profession de l’illustre criminologue prédomine la notion équivoque de « privé », qui à son tour renvoie à ses motivations internes et personnelles. Or si l’être humain commet des actes intimes, c’est en grande partie pour la délectation qu’il y trouve. De ce point de vue-là, l’hôte de Baker Street est totalement un détective du privé.

Holmes, lorsque ses facultés logiques ne sont pas mobilisées, est un personnage profondément asthénique, en proie « à la plus noire des dépressions2 ». L’obsession de la tombe est manifeste dans ce mélange d’accablement, de pessimisme et de désespoir qui le caractérise à ces moments, aussi bien est-il toujours hanté par la mort, en lui-même et à l’extérieur de lui-même. Il semble appeler le crime, à défaut de le susciter, et s’arrange toujours pour mener l’enquête. Ni victime, ni coupable, son exubérance naît alors de ce qu’il devient une sorte d’intermédiaire, transitant de l’un à l’autre statut. Lorsque l’inaction prend le pas sur l’action, probablement effectue-t-il un trajet identique mais intime cette fois, entre la victime qu’il peut se sentir être ou le criminel qu’il désire parfois incarner : en recherchant inlassablement les causes premières du mal, il est contraint d’embrasser les deux individualités pour découvrir (ou plutôt redécouvrir) la brute que chacun porte en soi.

 Il est remarquable de constater que le père de la psychanalyse et le logicien britannique commencent à « enquêter » à peu près au même moment. D’un naturel maniaco-dépressif, l’abattement chez eux le dispute à l’excitation3, et tous deux entretiennent un rapport privilégié aux excitants (tabac et cocaïne). Chacun s’intéresse à sa manière à ces petits « riens »4 d’ordre spirituel ou matériel dont personne à leur époque ne s’occupe. Leurs méthodes inédites révolutionneront totalement l’investigation psychologique et policière.

Le héros doylien, qui anticipa nombre de détectives privés de la littérature, se caractérise d’abord par le fait qu’il travaille pour son plaisir ; l’enquête lui est un stimulant idéal. Dès lors, ce n’est pas tant pour rétablir l’ordre social qu’il pourchasse le criminel que pour la jouissance qu’il éprouve à se mesurer à quelqu’un qui l’égale en sagacité mais qui se situe de l’autre côté du miroir. Le personnage de Moriarty est le principe qui démontrera à Holmes qu’il peut être indifféremment le détective ou l’assassin ; que ce qui importe, c’est précisément cette hésitation à propos de son être et la conscience que la frontière entre culpabilité et innocence, entre légalité et illégalité – entre réel et fiction – n’est pas aussi définie qu’on peut croire.

 

La ligne terminatrice

 

Les fins de siècles, parce qu’elles raffolent des atmosphères déliquescentes, érigent dans leur sillage des personnages troubles et singuliers, un cortège de profanateurs, de maniaques et d’illuminés.

On ne sait jamais ce que recouvre l’apparente banalité des choses, ni ce qui se dissimule derrière le mince vernis civilisateur qu’on s’acharne à passer sur les âmes à coups de décrets, de lois, de sanctions et d’interdits.

A une époque où l’hypocrisie atteint son acmé, où le Victorien, officiellement bon mari et excellent père de famille, se révèle, officieusement, brutal et dépravé, à l’heure où sévit dans l’ombre délétère des bas-fonds londoniens celui que la police désespère d’arrêter et qui connaîtra la gloire dans des apothéoses de sang (le sang, immaculé, des prostituées), Sherlock Holmes donne l’illusion d’un monde organisé. Il est le justicier, celui qui combat le Mal et qui venge l’Innocence, au sein d’une société idéale et manichéenne où le Bien, immédiatement reconnaissable et clairement défini, triomphe toujours.

Et pourtant. Les histoires policières, quand elles s’élèvent au rang d’art véritable, ne sont jamais aussi simples. Quoique la justice soit effectivement rendue par un héros quasi omniscient, que les victimes soient (presque) toujours sauvées et les coupables (presque) toujours punis, il reste que le monde, sur le papier, n’est pas cette sphère lisse et sans failles qu’on voudrait croire.

 

Les astrophysiciens nomment la ligne de démarcation entre l’ombre et la lumière la ligne terminatrice. Bataille, lui, l’appelle « la part maudite ». Elle est encore cette fameuse corde raide qui sépare le Bien du Mal, sur laquelle les êtres humains jouent les fil-de-féristes. Mais quel que soit le nom qu’on lui donne, les hommes comme les héros n’y échappent pas. Si elle fait des premiers des créatures imparfaites et désespérantes, les seconds, par elle, confinent au sublime. Car rien n’est innocent dans le monde de la fiction. Peut-être un peu plus que dans le vrai monde, mais à peine.

En 1885, Stevenson avait fait paraître le livre de l’aveu, version romantique de la révélation sadienne. Romantique au sens où l’on a pris le soin d’en faire un roman, et non un manuel de philosophie – fût-il entrecoupé, comme chez le père de Justine, de scènes orgiaques -, histoire d’euphémiser et pour que la catharsis joue à plein : The Strange Case of Doctor Jekyll and Mister Hyde5, dans une société obsédée par la dualité de l’âme, remporte un succès prodigieux. Les théâtres d’ombres se multiplient, les avatars, plus ou moins réussis, du chef-d’œuvre de Stevenson pullulent littéralement. Sans doute éprouve-t-on l’urgent besoin de se confesser, mais par les voies détournées de l’art qui, s’évertue-t-on encore à croire, a la main lourde et la bouche menteuse. La fiction, la poésie sont envahies par ce thème du double diabolique, de l’autre inconnaissable mais pressenti. Le cœur humain, rattrapé par « le démon de la perversité6 » qui sans cesse l’exulcère, se débat dans des contorsions de mauvais augure, et ne sait plus à quel saint se vouer. Quoi qu’il tente de faire, il n’échappe pas à son reflet. La fiction, la science ne constituent plus des refuges sûrs, bien au contraire, et la psychanalyse ne prépare rien de bon, entre Charcot, qui sévit depuis longtemps déjà, et Freud, le disciple inégalé, qui entame là-bas, quelque part sur le continent, son minutieux travail de sape. Le déni n’est plus permis, on ne peut se fuir éternellement.

La gangrène gagne les héros de roman, ceux-là même dont on croyait, naïvement, qu’ils étaient au-dessus de tout soupçon. Le poison est partout, et Sherlock Holmes, le héros des héros, n’y échappe pas. On a pu dire plus haut que le personnage doylien donnait l’illusion d’un monde organisé ; à présent cette illusion de sens vole en éclat. Celui que l’ennui consume doit se divertir, utiliser une énergie d’autant plus exubérante qu’elle se fait rare. Et cependant les signes sont infimes, quasi imperceptibles. Mais l’on est en droit d’emprunter l’attirail holmésien et de braquer sur son détenteur la fameuse loupe, afin de déceler ces petits détails dont il raffole et qui constituent bien souvent des étapes décisives dans l’élucidation des mystères. Les indices sont dispensés avec parcimonie. Il y en a fort peu en vérité, mais assez cependant pour mettre l’observateur sur la voie et percer un peu plus à jour l’ombre du héros.

Sherlock Holmes, ainsi, a d’étranges marottes. La cocaïne n’en est qu’une parmi d’autres, et n’est pas la plus révélatrice7. Les expériences chimiques, si elles manifestent sans doute quelque velléité prométhéenne, n’ont pas à comparaître ici. Quant au tabac, qu’il prise fort, c’est assurément une mauvaise habitude mais dont l’innocente banalité ne saurait éveiller les soupçons.

Il est en revanche des occupations moins ordinaires, dont l’une est livrée d’emblée et presque incidemment. Voici ce qu’apprend Watson sur son futur colocataire, de la bouche de l’homme qui les mit en présence :

- [Sa marotte] [à Holmes] lui fait parfois pousser les choses un peu loin… Quand, par exemple, il bat dans les salles de dissection les cadavres à coups de canne, vous avouerez qu’elle se manifeste d’une manière pour le moins bizarre !

- Il bat les cadavres ?

- Oui, pour vérifier si on peut leur faire des bleus !8

En sus de la fréquentation assidue des salles de dissection, Holmes, dans une aventure ultérieure, confie ingénument au docteur qu’il s’est amusé, dans l’arrière-boutique d’une boucherie, à harponner un cochon mort afin de voir, pour les besoins d’une enquête, s’ « il [lui] était possible de transpercer [le corps] de part en part d’un seul coup9 », se dépeignant lui-même alors en « gentleman féroce10 ».

Et que dire de ses descentes régulières dans « les quartiers les plus mal famés11 » de Londres, qui font écho aux mystérieuses errances urbaines du héros wildien ? …

Mais le fameux démon de la perversité, tel que l’a débusqué et baptisé Poe12, s’il se manifeste à travers des actes sadiques, s’exprime également par des comportements masochistes. Le mal, généralement utilisé contre autrui, peut l’être aussi contre soi :

Dans son ardeur, il me prit par la manche et m’entraîna vers sa table de travail.

- Prenons un peu de sang frais, dit-il. (Il planta dans son doigt un long poinçon et recueillit au moyen d’une pipette le sang de la piqûre.) Maintenant j’ajoute cette petite quantité de sang à un litre d’eau. Le mélange qui en résulte a, comme vous voyez, l’apparence de l’eau pure. La proportion de sang ne doit pas être de plus d’un millionième. Je ne doute pas cependant d’obtenir la réaction caractéristique […], dit Sherlock Holmes en collant un petit morceau de taffetas gommé sur la piqûre de son doigt.

Se tournant vers moi, avec un sourire, il ajouta :

- Il faut que je prenne des précautions, car je tripote pas mal de poisons !

Il exhiba sa main ; elle était mouchetée de petits morceaux de taffetas et brûlée un peu partout par des acides puissants13.

Ces pratiques, motivées au premier abord par les besoins de l’investigation, n’en révèlent pas moins des tendances morbides, voire psychopathes. Là, Holmes ne se contente plus d’imaginer, mais expérimente intellectuellement et physiquement les faits, sans aucune forme d’émotion.

Des habitudes moins spectaculaires mais tout aussi symptomatiques s’alignent au fil des Aventures, sous la plume diserte de Watson :

J’ai constamment soutenu que l’entraînement au pistolet était un passe-temps de plein air ; voilà pourquoi, lorsque Holmes, en proie à une humeur bizarre, s’assied dans un fauteuil avec son instrument à double détente, une centaine de cartouches, et entreprend de dessiner sur le mur un patriotique V. R. (Victoria Regina) en points grêlés, je ressens fortement que ni l’atmosphère ni le décor de notre salon ne s’améliorent14. [Nous soulignons.]

Cette « humeur bizarre » que diagnostique le docteur constitue précisément l’essence du dandy fin de siècle. Le patriotisme affiché de Holmes est miné par le procédé qui consiste à graver les initiales royales avec une arme à feu. Les symboles de la loi sont ainsi systématiquement pervertis par leur plus éminent représentant, qui aime également à ranger sa correspondance « sous la lame perforatrice d’un couteau à cran d’arrêt15 ».

Aussi les allusions logiques à une possible criminalité du détective sont-elles relativement fréquentes. Watson ne peut ainsi « [s]’empêcher de penser qu’il eût fait un bien dangereux criminel s’il avait tourné sa sagacité et son énergie contre la loi, au lieu de les exercer pour sa défense16 ». Un inspecteur observera par la suite, après avoir admiré l’adresse avec laquelle le logicien vient de forcer une espagnolette, que « c’est une chance qu[’il] so[it] du côté de la force publique et non contre elle17 ». Holmes n’hésite pas à imiter ceux qu’il traque18, allant jusqu’à reconnaître, avant d’étaler sous les yeux ébahis de son compagnon la panoplie complète du cambrioleur professionnel :

« Ca ne me gêne pas du tout de vous avouer que j’ai toujours eu l’idée que j’aurais fait un criminel de très grande classe19 ».

L’identification est également psychologique : lorsque le cas l’exige, le héros « [s]e me[t] à la place [du coupable], et […] [s]’efforce d’imaginer comment [il] aurai[t] [lui]-même agi dans des circonstances analogues20 ».

Cette fascination singulière ira jusqu’à prendre la forme d’un sentiment plus tendre. Holmes, dont on connaît la misogynie et qui avoue « n’a[voir] jamais aimé21 », tombe cependant sous le charme de la très belle Irène Adler, l’héroïne splendide du fameux « Scandal in Bohemia » ; ce sera là son unique passion. Encore ne l’avouera-t-il qu’indirectement. Comme l’écrit Watson, « son esprit lucide, froid, admirablement équilibré répugnait à toute émotion en général et à celle de l’amour en particulier22 ». Seul l’objet étrange qu’il exigera de son client en récompense d’un effort qui pour la première fois n’a pas porté ses fruits (Irène Adler s’est montrée d’une adresse inégalable) est révélateur d’une émotion qui, si elle n’est pas l’amour à proprement parler, pourrait bien en être le « sentiment voisin23 » : la photo de celle qui, pour lui, « est et […] restera la femme24 ».

Or cette femme extraordinaire, qui rendit fou le roi héréditaire de Bohême et qui seule parvint à ressusciter le cœur défunt de Holmes25, cette femme donc, « la plus exquise des créatures de cette terre » selon le propre aveu du détective, se révèle être une véritable aventurière, une créature de la trempe des grandes héroïnes de l’histoire26. Adler surpassera finalement le héros en finesse, qu’elle prendra à son propre piège. Cette ultime péripétie accentuera encore le procédé identificatoire.

 

Outre cette furieuse attirance pour le monde criminel, pouvant aller jusqu’à l’empathie totale, Holmes manifeste d’inquiétantes dispositions qui n’échappent pas à l’œil pénétrant de son collaborateur. Ainsi cet étonnant passage :

Toute [l]a force démoniaque qu[e Holmes] camouflait sous une apparence si nonchalante se déploya soudain avec une incroyable énergie. Il rejeta le tapis et, à genoux, tenta de secouer de ses mains crochues chaque plinthe du plancher. Lorsqu’il enfonça ses ongles dans le rebord de l’une d’elles, je la vis se déplacer sur le côté, se relever comme le couvercle d’une boîte27. [Nous soulignons.]

Watson, qui est aussi, à sa manière, un très fin observateur28, ne choisit pas ses mots au hasard. La face diabolique de Holmes lui apparaît aussi distinctement que la cendre de cigare aux yeux du détective. Ce qui chez lui prend la forme d’une certitude (certitude qu’il se gardera cependant de pousser jusqu’au terme de sa logique) se manifeste chez les autres de façon purement intuitive. Tous perçoivent obscurément la personnalité oxymorique du logicien, et l’ébahissement qu’ils opposent à ses facultés quasi divinatoires ressemble fort à la frayeur éprouvée devant quelque pouvoir surnaturel et fantastique. Holmes devient alors cet homme sans nom qu’on a évoqué, un avatar de Melmoth29 et du Juif errant initié aux secrets du gouffre, revenant sur la terre tel un ange vengeur. Aurait-il, comme Faust, vendu son âme à Satan en échange du prodigieux talent qu’il possède ? « Vous êtes un sorcier30 », s’écrie un inspecteur du Yard à son adresse, en écho au « Mais vous êtes donc le diable !31 » d’un coupable. Et si l’hôte de Baker Street est connu pour « voir loin dans la méchanceté du cœur humain32 », n’est-ce pas parce qu’il en partage la tragique ambiguïté ?

C’est dans cette absence manifeste de sensibilité, dans ce rapport ambigu à la loi que par ailleurs il incarne, dans cet inquiétant génie et cette attraction violente pour le crime que se révèlent, en filigrane, la fameuse ligne terminatrice, le clivage, la « part maudite » du héros.

 

Docteur Jekyll et Mister Hyde : revisitation

 

C’est alors que le professeur James Moriarty entre en scène. L’homme est cité pour la première fois, et sans hasard, dans l’ultime aventure du détective, logiquement intitulée « The Final Problem »33 - c’est-à-dire avant sa résurrection, dont on a assez dit le caractère parfaitement artificiel.

Dans ce face-à-face vertigineux avec « le Napoléon du crime34 » s’esquissera la dualité intérieure de Holmes, dont procède en partie son ombre. Cette ambiguïté interne lui (dé)montrera l’impossibilité du héros qui le renverra, in fine, à sa propre invalidité.

Moriarty, dont la réalité demeure incertaine, est le génie et l’incarnation du mal. Sherlock Holmes, quant à lui, est l’incarnation et le génie du bien. Les deux titans sont donc condamnés à s’affronter au plus haut niveau. Ce manichéisme, extrêmement ardent dans l’œuvre, fait de Holmes, au sens le plus absolu du terme, un héros métaphysique. Le criminologue et son formidable adversaire ne seraient en effet que les deux faces d’un seul et même personnage. Dans le combat singulier35 qui les oppose, Holmes chercherait à tuer son double damné. Or de l’issue de cette lutte du Bien contre le Mal dépend la légitimité et la pertinence du héros. Si Moriarty n’est qu’un fantasme, alors l’acharnement de Holmes est dirigé contre sa seule « part maudite ».

L’existence du professeur est, de fait, extrêmement problématique. Lorsque le détective lui demande s’il a eu vent de « l’organisateur de tous les forfaits […] qui restent impunis dans [Londres]36 », Watson répond par un étonné, vigoureux et définitif « jamais !37 ». Après quoi Holmes, pas surpris le moins du monde, s’écrie :

Ah ! voilà bien le côté génial, miraculeux de l’affaire ! […] Cet homme règne sur Londres et personne n’a jamais entendu parler de lui38,

précisant ensuite que « derrière [Moriarty] […] exist[e] une sorte de puissance occulte […] avec une organisation profonde […] éten[dant] son bouclier pour protéger le coupable […], [qui] agit rarement par lui-même39. » Aussi, lorsqu’un agent est arrêté, « le pouvoir central qui utilise cet agent n’est jamais pris40 ». « Le criminel le plus redoutable et le plus intelligent d’Europe41 » est, au pire, un « danger42 », une « ombre43 », au mieux « une araignée au centre de sa toile44 », un « célèbre professeur de mathématiques qui réso[ud] sur un tableau noir […] des équations compliquées à quinze kilomètres45 » du lieu du crime en cours. A la fin du récit, lorsque tout est consommé et qu’on mène l’investigation, Watson signale que « les débats n’ont pas révélé grand-chose » de l’ « habile coquin46 ». Bref, tout se passe comme si Moriarty n’avait existé que dans l’imagination démente du logicien.

Certains éléments tendent certes à prouver le contraire. Ainsi, comme le rapporte le docteur une fois l’affaire achevée (et dont on nous dit qu’elle fit grand bruit), le propre frère du professeur aurait publié des « lettres dans lesquelles [il] défend [s]a mémoire47 ». Holmes, lorsque débute la nouvelle, rend visite à Watson dans son cabinet et lui relate la conversation qu’il a eue avec son ennemi dans la matinée. Enfin, lors même de la poursuite mémorable qui précède l’affrontement final, Moriarty est aperçu deux fois : la première par Holmes puis Watson depuis le train qui les emmène à Canterbury, la seconde par Watson seul, lorsqu’il s’en retourne à l’hôtel de Meiringen, victime d’une lettre qui s’avérera un faux destiné à l’éloigner du détective. Mais après tout Holmes aurait pu tout aussi bien rêver l’entrevue, imaginer que Moriarty est cet « homme de grande taille qui se frayait son chemin parmi la foule, […] agita[n]t un bras comme s’il souhaitait que le train s’arrêtât48. » Ce n’est pas parce que le docteur le remarque aussi qu’il s’agit pour autant du professeur. De la même façon, rien ne prouve que les tentatives d’homicide dont Holmes a été victime ne sont pas dues au hasard, comme il n’est pas établi que la locomotive qui les dépasse soit conduite par le criminel. Quant à l’individu que Watson distingue sur le sentier, il peut s’agir de n’importe qui : après tout, Meiringen et ses environs regorgent de touristes et de promeneurs, et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un homme croise sa route.

L’existence de Moriarty est d’autant plus contestable qu’il ressemble étrangement, sur les plans physique et spirituel, au criminologue de Baker Street49. Comme lui, « c’est un génie, un philosophe, un penseur de l’abstrait [doté d’] un cerveau de premier ordre50 » dont la patrie de prédilection demeure à jamais la capitale britannique. Comme lui encore, « il est extrêmement grand et mince51 », « imberbe, pâle, ascétique de visage52 », à l’image des descriptions du docteur53. « L’acuité d[u] regard54 » de l’un rappelle « les yeux profondément enfoncés55 » de l’autre. Ils se complètent jusque dans leurs oppositions essentielles : si Moriarty est une « araignée56 », un « serpent57 », le héros doylien tantôt est comparé à un « chien courant de bonne race et bien dressé58 », tantôt se compare à « l’oiseau des tempêtes59 ». Il s’avère cependant que le chien est un « chien de chasse60 », et l’oiseau, un « oiseau de proie61 ». Watson, examinant les « mouvements […] rapides, silencieux et furtifs62 » de son ami, l’assimile à « un limier cherchant une piste63 » : la métaphore du chasseur, récurrente dans les Aventures64, réduit du même coup le criminel à un gibier.

Et n’est-il pas dans la nature arachnéenne de Moriarty65 d’aimer « se sentir au centre même d’une humanité de cinq millions d’âmes, d’étirer ses fibres sensibles à travers elle et de réagir [, à l’instar du logicien,] à n’importe quel bruit se rapportant à un crime mystérieux66 » ?…

 

L’identification se précise. L’obsession frisant la paranoïa que le détective nourrit envers son adversaire amène une fois de plus à s’interroger sur la réalité du professeur. N’est-ce pas plutôt, à travers lui, cet « autre moi-même » que Holmes cherche à éliminer ? Et dans ce cas, sa vocation altruiste n’aurait-elle pas été, depuis le début, qu’une tentative désespérée pour échapper à sa « part maudite », à l’horrible certitude de son ambiguïté ?

Toute son existence alors serait vouée à l’anéantissement du mal qui le hante par le truchement de son abolition dans la société. Baptiser ce mal du pseudonyme de Moriarty l’aide à lui donner corps et visibilité et, par cette feinte ultime, à le dissocier de lui-même. Désormais, sa perversité porte un nom qui n’est pas le sien. Et si Moriarty existe en-dehors de lui, l’espoir d’en triompher est à nouveau permis.

A plusieurs reprises, Holmes avoue à Watson que « s[’il] pouvai[t] vaincre cet homme, […] en débarrasser la société, [s]a carrière serait comblée67 ». Il s’occuperait enfin « de la manière qu[’il] aime, en consacrant toute [s]on attention à des recherches chimiques68 ». Ce qui revient à dire qu’une fois affranchi de son double infernal, c’est-à-dire une fois sa mission remplie et son destin consommé, le détective de Baker Street n’aura plus d’utilité et cessera d’exister en tant que tel. Or Sherlock Holmes n’est que cela. « Vos livres touchent à leur fin […]. Vous n’aurez plus rien à écrire sur moi à partir du jour où j’aurai couronné ma carrière par la capture ou l’extermination du criminel le plus redoutable et le plus intelligent d’Europe69 », notifie-t-il au docteur.

Sous l’apparent badinage se dissimule en fait l’âpre vérité : c’est de sa disparition prochaine et inéluctable que Holmes est en train de parler, pressentant que, quoi qu’il fasse, il est condamné à perdre. Il sait qu’en donnant la mort au plus grand des criminels, il se détruira inexorablement, comme Dorian Gray, deux ans plus tôt70, s’était anéanti en lacérant son infâme portrait. Car Moriarty est entièrement et tragiquement lui-même. « J’avais enfin rencontré un adversaire qui était […] mon égal71 », confiera-t-il en un implacable aveu. Le professeur, de son côté, partage la même certitude :

« C’a été un duel entre vous et moi, monsieur Holmes. Vous espérez me jeter dans le box des accusés. Je vous dis : je ne m’assiérai jamais dans le box des accusés. Vous espérez me vaincre. Je vous dis : vous ne me vaincrez jamais. Si vous êtes assez fort pour me détruire, soyez assuré que je vous en réserve autant72 ».

Holmes se retrouve donc à la fois chasseur et chassé. Il est pleinement conscient de cet inévitable paradoxe. Moriarty le hante et il hante Moriarty. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils se comprennent si intimement :

« Mon cher Watson, je vois bien que vous ne m’avez pas compris quand je vous déclarais que cet homme devait être placé au même niveau que moi sur le plan de l’intelligence. Vous ne pensez pas que si j’étais le chasseur, je renoncerais à mon gibier dès le premier obstacle ? Alors pourquoi le juger moins favorablement ?

- Que va-t-il faire ?

- Ce que je ferais73.

Le chiasme confirme l’identité des protagonistes. Le criminologue identifie d’emblée son adversaire parce qu’il l’a déjà appréhendé en lui-même. Vient alors ce dialogue (soliloque) savoureux :

« Evidemment vous ne me connaissez pas ! me dit [Moriarty].

- Au contraire ! Je pense qu’il est évident que je vous connais74.

Si, au cours de cette « entrevue », le professeur se sent « menac[é] positivement dans [s]a liberté », Holmes, en retour, flaire « immédiatement […] le danger personnel qu[’il] cour[t] ». L’épilogue est proche ; bientôt le nœud gordien de la psyché holmésienne sera tranché par la mort inéluctable. Le prodrome le plus remarquable, outre les prémonitions du héros, en demeure certainement l’incendie de l’appartement de Baker Street75 : le lieu, inséparable de l’homme qui l’habite, est devenu son emblème immarcescible, et la destruction de l’un augure la disparition de l’autre. Que dire, encore, de ces déglingues physiques qui présagent la dislocation majeure du géant, de ce corps « plus blanc et plus maigre que d’habitude76 », de cette main aux « articulations […] brisées et saigna[ntes]77 » ? Que penser, enfin, de ce terrible « j’ai peur78 », d’autant plus terrible qu’il est prononcé par un homme qui d’ordinaire ignore la peur ?…

 

Le duel final aura lieu dans un décor grandiose et fantastique, à la mesure du drame métaphysique qui s’y joue :

En vérité, l’endroit était terrifiant. Le torrent, gonflé par la fonte des neiges, se précipite dans un gouffre d’où l’écume rejaillit en tourbillonnant comme la fumée d’une maison en feu. La cheminée dans laquelle se rue le torrent est une brèche immense bordée de rocs luisants, noirs comme du charbon, et qui va en se rétrécissant pour aboutir à une cavité insondable où l’eau bouillonne et lèche avec rage les parois effritées. Le vertige vous prend à considérer longtemps cette masse d’eau verte qui rugit et cette écume qui plane dans un sifflement ininterrompu. Nous restâmes un bon moment devant le précipice, fascinés par l’éclat de l’eau qui venait se briser contre les rochers noirs et par le cri presque humain qui accompagnait le rejaillissement de l’écume contre le gouffre79.

« Là, par la grâce de Dieu, alla Sherlock Holmes80 ». La description admirable que laisse Watson des chutes du Reichenbach, pleine d’une grandeur hiératique, transforme l’endroit en lieu privilégié du romantisme tourmenté, en théâtre faustien et annonciateur où déjà la puissance du « gouffre » et des forces démoniaques de la nature recouvrent le « cri81 » du damné.

Les quatre éléments assistent, en juges impassibles et immuables, à l’issue du combat, dont ils seront les seuls spectateurs : Holmes-Moriarty a pris soin d’éloigner préalablement, par une feinte grossière à laquelle seul le docteur pouvait porter foi, le compagnon fidèle de tant de luttes. Watson est devenu gênant, au moins autant que les lecteurs des Aventures, comme lui contraints d’imaginer la scène. Car il ne faut pas douter qu’ensemble ils auraient tout mis en œuvre pour empêcher le héros de remplir jusqu’au bout le contrat passé avec lui-même. Or un suicide n’est pas « un jeu qui se joue à deux82 » mais à un seul personnage. Le suicide est l’acte privé par excellence, un combat mortel où l’ange du Bien et l’ange du Mal, les deux faces de Holmes, disparaissent ensemble dans la fureur des eaux.

Watson aura une phrase rétrospectivement prophétique : « Ils ont dû rouler enlacés dans le gouffre83 », écrit-il. Forcément enlacés. Evidemment, on ne retrouve pas leurs corps : ils ont eu raison l’un de l’autre, et l’âme a dû exploser sous la violence du conflit intérieur. Il n’est pas jusqu’à la terre qui n’en porte les traces. Et cependant, il n’y a ni vainqueur ni vaincu, simplement un homme qui est mort de n’avoir pu être Dieu.

 


NOTES :

1 Nous reprenons ici en grande partie l’argumentation du psychanalyste Serge Tisseron, produite lors d’une soirée thématique consacrée à Sherlock Holmes le 24 mars 2002 sur Arte.

2 Conan Doyle, « The Reigate Squires » (1893). Tr. fr. « Les Propriétaires de Reigate », in Les Mémoires de Sherlock Holmes, p. 569.

3 « [L]es explosions d’énergie passionnée [de Holmes] qui lui permettaient de réussir les exploits remarquables auxquels son nom restera attaché étaient suivies de réactions léthargiques pendant lesquelles il s’allongeait n’importe où avec son violon et ses livres, ne remuait qu’à peine, consentait tout juste à venir s’asseoir à table ». « Le Rituel des Musgrave », p. 552.

4 « Vous connaissez ma méthode : elle est basée sur l’observation des riens ». Conan Doyle, « The Boscombe Valley Mystery » (1891). Tr. fr. « Le Mystère du Val Boscombe », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 293.

5 Hoffmann et Poe notamment avaient déjà exploité ce thème du double maudit avec, respectivement, Les Elixirs du diable (1816), et « William Wilson » (1839). Deux ans après la parution de la nouvelle de Stevenson, ce sera au tour de Maupassant de sonder l’ambiguïté du cœur humain avec « Le Horla ».

6 Cf. Edgar Allan Poe, « The Imp of the Perverse », publiée dans The Graham’s en 1845. Nous nous référons au texte français, « Le Démon de la perversité », Nouvelles histoires extraordinaires, Paris, Librairie Générale Française, coll. Le Livre de Poche, 1972 (tr. Charles Baudelaire), p. 1.

7 Que penser cependant de cet « avant-bras criblé d’innombrables traces de piqûres » ?… Le Signe des Quatre, p. 108.

8 Une étude en rouge, p. 10.

9 Conan Doyle, « Black Peter », in The Return of Sherlock Holmes. Tr. fr. « Peter le Noir », in Le Retour de Sherlock Holmes, Paris, Editions Robert Laffont, coll. Bouquins, tome I, 1987 (tr. fr. Robert Latour), p. 807.

10 Ibid.

11 Une étude en rouge, p. 14

12 Voir supra, note 140. « La certitude du péché ou de l’erreur inclus dans un acte quelconque est souvent l’unique force invincible qui nous pousse, et seule nous pousse à son accomplissement. Et cette tendance accablante à faire le mal pour l’amour du mal n’admettra aucune analyse, aucune résolution en éléments ultérieurs. C’est un mouvement radical, primitif, - élémentaire. » E. A. Poe, op. cit., p. 4-5.

13 Une étude en rouge, p. 11-12.

14 « Le Rituel des Musgrave », p. 551.

15 Ibid.

16 Le Signe des Quatre, p. 141.

17 « L’Interprète grec », p. 636.

18 « Watson : je vais cambrioler ce soir la maison de Milverton. […] Je suppose que vous admettez que cet acte est moralement justifiable, quoique théoriquement criminel. Cambrioler une maison n’est pas plus grave que de dérober de force un carnet… ». Conan Doyle, « Charles Augustus Milverton ». Tr. fr. « Charles-Auguste Milverton », in Le Retour de Sherlock Holmes, p. 832. L’opération se déroulera avec succès.

19 Ibid., p. 833.

20 « Le Rituel des Musgrave », p. 565.

21 « L’Aventure du pied du diable », p. 668.

22 « Un scandale en Bohême », in Les Aventures de Sherlock Holmes, p. 211.

23 Ibid.

24 Ibid.

25 Pour l’unique fois de son existence, Holmes s’allongera sur le lit d’une femme. « Lentement, avec une grande solennité, il fut transporté à l’intérieur de Briony Lodge et déposé dans la pièce principale […]. Je pouvais apercevoir Holmes étendu sur le lit. J’ignore s’il était à cet instant, lui, bourrelé de remords, mais je sais bien que moi, pour ma part, je ne m’étais jamais senti aussi honteux que quand je vis quelle splendide créature était la femme contre laquelle nous conspirions, et quand j’assistai aux soins pleins de grâce et de bonté qu’elle prodiguait au blessé ». Ibid., p. 228.

26 Watson note d’ailleurs qu’elle laissa « un souvenir douteux et discuté ». Ibid., p. 211. Probablement parce qu’elle était une féministe avant la lettre, avouant par exemple à Holmes avoir « souvent profité de la liberté d’allure que l[e costume masculin] autorise » (ibid., p. 232), préfigurant le type de la garçonne.

27 Conan Doyle, « The Second Stain ». Tr. fr. « La deuxième tache », in Le Retour de Sherlock Holmes, p. 958.

28 Le docteur est loin d’être cet homme pataud et peu intelligent que le folklore en a fait. Ses capacités d’analyse, d’observation, de déduction psychologiques, tout entières centrées sur Holmes, sont d’une troublante finesse. Ne s’était-il pas promis d’ailleurs d’étudier l’homme à fond ? Voir supra, note 57.

29 Ce personnage, créé en 1820 par Charles Robert Maturin dans son célèbre roman éponyme, est d’ailleurs dans le goût du décadentisme fin de siècle et redevient à la mode. Melmoth the Wanderer est réédité en 1892. Son auteur, dont Balzac et Rossetti firent un éloge enthousiaste, fut alors comparé à Goethe, Byron, Marlowe, Milton ou Calderon.

30 Conan Doyle, « The Abbey Grange ». Tr. fr. « Le Manoir de l’abbaye », in Le Retour de Sherlock Holmes, p. 935.

31 « Le Diadème de béryls », p. 435. C’est également sous cet aspect que le considérera Leon Sterndale dans « L’Aventure du pied du diable ».

32 « Le Ruban moucheté », p. 360.

33 Conan Doyle, « The Final Problem » (1893). Tr. fr. « Le dernier problème », in Les Mémoires de Sherlock Holmes.

34 Ibid., p. 674

35 C’est l’expression qu’emploie Holmes dans son ultime lettre à Watson.

36 Ibid., p. 674.

37 Ibid., p. 673.

38 Ibid.

39 Ibid., p. 674.

40 Ibid.

41 Ibid., p. 683.

42 Ibid., p. 672.

43 Ibid., p. 682.

44 Ibid., p. 674.

45 Ibid., p. 677.

46 Ibid., p. 678.

47 Ibid., p. 671. Notons que Holmes a lui aussi un frère susceptible un jour d’être appelé à défendre, aux côtés du fidèle Watson, sa mémoire.

48 Ibid., p. 680.

49 Holmes ne dit-il pas à un moment que le « physique [de Moriarty] [lui est] très familier » ?… Ibid., p. 675.

50 Ibid., p. 674.

51 Ibid., p. 675.

52 Ibid.

53 « Sur le quai, Sherlock Holmes faisait les cent pas. Sa silhouette longue et mince paraissait encore plus longue et plus mince sous le costume de voyage et la casquette bien ajustée ». « Le Mystère du Val Boscombe », p. 274.

54 Une étude en rouge, p. 25.

55 « Le dernier problème », p. 675.

56 Ibid., p. 674.

57 Ibid., p. 675.

58 Une étude en rouge, p. 30. Holmes adopte d’ailleurs la posture typique du chien lorsqu’il est au repos, qui consiste à « se roul[er] en boule sur [un] fauteuil [d’élection] ». « La Ligue des rouquins », p. 246.

59 « Les Propriétaires de Reigate », p. 581.

60 « Ne me faites pas arrêter sous l’inculpation de meurtre […]. Je suis un chien de chasse, je ne suis pas le loup ! ». Une étude en rouge, p. 35.

61 « Holmes se frotta les mains. Ses yeux brillèrent. Il pencha en avant dans son fauteuil son profil d’oiseau de proie, et ses traits fortement dessinés exprimèrent soudain une extraordinaire concentration ». Le Signe des Quatre, p. 115.

62 Ibid., p. 141.

63 Ibid.

64 « Ses narines semblaient se dilater sous l’effet d’une passion animale pour la chasse ». « Le Mystère du Val Boscombe », p. 288.

65 « Il demeure immobile, comme une araignée au centre de sa toile, mais cette toile-là a un millier de ramifications et il perçoit les vibrations de chacun des fils ». Holmes à propos de Moriarty, in « Le dernier problème », p. 674.

66 « Le Pensionnaire en traitement », p. 605.

67 « Le dernier problème », p. 673.

68 Ibid.

69 Ibid., p. 683.

70 The Picture of Dorian Gray paraît en 1891.

71 « Le dernier problème », p. 674.

72 Ibid., p. 676-677. Comment ne pas songer, en lisant ces lignes, à celles qui closent, magnifiquement, William Wilson (voir notre épigraphe) ?

73 Ibid., p. 680-681.

74 Ibid., p. 675.

75 « Notre appartement a failli brûler cette nuit ». Ibid., p. 680.

76 Ibid., p. 672.

77 Ibid.

78 Ibid.

79 Ibid., p. 683-684.

80 « Le Mystère du Val Boscombe », p. 296.

81 Le même terme sera utilisé une seconde fois par Watson : « A quelques mètres avant le bord du précipice, le sol était piétiné et boueux ; les ronces et les fougères qui longeaient le gouffre étaient arrachées, foulées aux pieds. Je me mis à plat ventre pour regarder au fond de l’abîme. L’écume du torrent m’arrosait, mais je ne m’en souciais guère. Le jour avait baissé, je ne voyais rien d’autre que le miroitement de l’eau contre les parois noires et tout au fond du précipice l’éclat du torrent qui reprenait sa course. J’appelai ; mais je ne reçus pas d’autre réponse que ce perpétuel cri presque humain des eaux qui se brisaient sous moi. » Ibid., p. 685-686.

82 Ibid., p. 682.

83 Ibid., p. 687.