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L'EFFACEMENT |
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Protocole de l'audition de Mme Castaing à la Kommandantur de Chartres |
La déposition de Madame Castaing Le 21 avril 1943, Madeleine Castaing est convoquée pour la seconde fois, dans les bureaux de la Gestapo, à Chartres, afin d'y être interrogée, en tant que témoin, sur Chaïm Soutine en fuite. Le ton mesuré de l'audition, assez inhabituel au sein de la sinistre organisation, est sans doute expliqué par une lettre, jointe au protocole, du quartier général de la Gestapo à Paris, informant que Mme Castaing est une personne influente qu'il convient de traiter avec égard. |
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Ici prend place: Mon cher Georges, depuis ton départ pour l'Algérie je suis bien triste malgré la présence de Gerda. La guerre me rend malade et je ne sais pas ce que tu es allé faire dans les spahis.................. mes amis sont dispersés et j'ai peur qu'il m'arrive un jour un malheur.................... on m'a passé des livres sur Rembrandt sur Goya et le Greco..........sa toile l'Enterrement du Comte d'Orgaz est un chef-d'oeuvre. J'ai lu que l'écrivain Gongora avait écrit de lui qu'il donnait une âme au bois et la vie au linge. C'est vrai............. Gerda a été convoquée par la police. Je ne sais pas ce qu'ils lui veulent................ comme il était beau courbé sous la pluie.................... Il s'étonne que je peigne souvent des arbres................. avec cette pagaille je ne sais pas si ma lettre te...
APRES L'ORAGE - 1939 - 73 X 54 CM Rompre l'émeraude avec du jaune de chrome. La boue tout habitée, "tu as vu l'eau, contemple l'eau de l' eau". Et maintenant, plus rien à comprendre dans l' affreuse vallée, (train) plus rien? Chassés, hurleurs? (Ronces, gouttes.) Repoussés du pays? Ils me crachent dessus. Plus aucun frein, me poussent de biais avec leurs galoches puisque (derniers tubes rapportés par Georges pendant une permission, je n'en ai plus) par la violence de mon mal jeté sur cette boue, aucun repos, aucun, Je le sais, je serai simplement achevé dans les derniers roulements, dans l'odeur des raves, mais celui qui va crever ne peut-il pas? (Peupliers) Soulevé au dessus du vent, la veste collée, les chiens du troupeau le suivent à la trace, dans les genêts. Absent. Il vend tout contre rien. (Economats. Cabas de crabes. Gerda est dans la queue.) Gerda, couverte de petits visages fugueurs, Gerda (glaïeuls, chenilles) Remue l'avant-bras avec lenteur. |
Chartres, den 21. April 1943 Zeugenvernehmung 1 2. Vernehmung der Madeleine Castaing, wohnhaft in Lèves bei Chartres im Falle des Verfahrens gegen Chaïm Soutine. in Anwesenheit des SS-Hauptsturmführer Uwe Lorenz, Kommandeur des Sicherheitspolizei(SD)-Kommandos - Chartres, des Dolmetschers Jean-Yves Meyer und der Typistin Frau Ingrid Elster. Heute kommt erneut die Zeugin nach Terminabsprache an die Dienststelle des Sicherheitspolizei(SD)-Kommandos - Chartres. Über die Konzequenzen einer Falschaussage wurde mit ihr gesprochen. Sie will zum Sachverhalt wahrheitsgemäße Angaben machen und folgende Fragen beantworten: Frage: Nous nous sommes arrêté avant-hier au début de l'été 1939 (siehe 1. Vernehmung vom 19. April). Reprenons à partir de septembre 39. Antwort: Soutine était parti avec son amie Gerda Groth en vacances à Civry-sur-Serein, près d'Auxerre. Il y a peint là-bas le tableau "Après l'orage" 2 que vous avez vu chez moi. Vous avez remarqué l'emploi du jaune de chrome qui rappelle son admiration pour Le Greco... Frage: Et après? Antwort:
A la déclaration de guerre, Soutine et Gerda sont allés s'inscrire
comme réfugiés à la préfecture de l'Yonne. Ils habitaient chez des
amis à eux 3.
Soutine a dû aller plusieurs fois voir des médecins, à cause de
son ulcère qui le faisait alors particulièrement souffrir. |
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Elle donne aux enfants des carrés de chocolat crayeux,
RETOUR DE L'ECOLE Enfants piétinant le sombre marécage, dans leurs tabliers noirs. Sortant de. Essoufflés. Laisser les enfants sortir par ce temps il ne fallait pas! Encre des herbes culbutées. "Il n'en resta bientôt plus que deux, un grand et un petit........ et le plus petit commençait à perdre du terrain, les S.S. hurlaient derrière eux et les chiens aussi....." Couché sur un lit pliant, dans une sorte de rotonde. Suant sous son manteau. Se lève le terre gueularde, les sillons larmoyants: "Ils ont souillé mon juif!" Chant transparent des enfants. Tricoté dans la lumière baveuse: "Pas de nouvelles de tous les amis. La demoiselle Garde non plus." (Au camp de Gurs.) Défilé épisodique de masques courroucés, à la jointure: vieillard avec le pot de braises, vomisseur vert et jaune, langue coupée, Elihu, dans l'impasse il bouffonne: "J'ai toujours été un homme heureux!" Assis devant une petite sœur des pauvres qui coupe ses cheveux. "Mützen ab... Mützen auf..." "Meine roten Haare und mein grünlich-gelber Pullover in der Land schaft auf. " Indistinct: "Garde, je ne te quitterai jamais." |
Gerda, elle, s'occupait de tout. Je me souviens d'une photo d'elle, de cette époque, dans un champ de glaïeuls. Comme Soutine voulait peindre des enfants revenant de l'école. Gerda m'a raconté qu'elle devait aller acheter du chocolat et le distribuer parce que les poses duraient des heures. Il a fait plusieurs toiles sur ce thème 5. Elles me rappellent irrésistiblement les Kindertoten Lieder de Gustav Mahler... Frage: Poursuivez! Antwort: Malgré le soutien de Monsieur Dubois, le chef de cabinet de Monsieur Sarraut, et qui les avaient rassurés, qu'ils ne seraient pas inquiétés, ils sont assignés à résidence par le maire de Civry en tant qu'étrangers: Soutine est russe et Gerda est allemande. Un laissez-passer arrive de Paris pour Soutine seulement. Gerda doit rester. Il revient en avril et ils décident de retourner clandestinement dans leur appartement de la Villa Seurat à Paris. En mai 40, Gerda doit se rendre au regroupement du Vel d'Hiv, car elle est Allemande. Elle est emmenée ensuite au camps de Gurs. Frage: Avez-vous vu depuis Gerda Groth? Elle est également recherchée. Antwort: La dernière fois que j'ai revu Gerda, c'était à Carcassonne en novembre 1940. J'étais seule car Soutine n'avait pas voulu venir. Frage: Et pourquoi donc? Antwort: Je crois que cela a à voir avec sa nouvelle amie... Frage: Expliquez-nous ça! Antwort: En juin 40, alors que Gerda était déjà à Gurs, Soutine est retourné à Civry 6 pour aller chercher les affaires qu'il y avait laissées dans leur fuite. Il continue à habiter à la Villa Seurat, sauf en hiver parce qu'il ne trouve pas de bois et que l'appartement est trop froid; alors il prend une chambre d'hôtel 7 où il passe ses journées, les rideaux fermés, suant dans un pardessus, affalé sur son lit. Il fait même venir une petite sœur des pauvres qui vient lui couper les cheveux. Il ne met plus le nez dehors. |
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Les symptômes, tels qu'ils apparaissent graduellement:
JOUR DE VENT A AUXERRE être emporté dans un vacarme de râles tournant sur soi-même, attentif, être ballotté dans les flaques froides (ou brûlantes?) au ras du sol, être tiré vers le haut, fourmillant, il glisse maintenant sur du verre. Caché, puis non, par de petits brasiers. Circuits égarés des camions à gazogène. Enfilé dans l'orbite d'une apparition à foulard rouge, Troussant la Polonaise. Traçant un K vermillon sur la manche gauche d'un surplis, bref distribuant les signes, nullement dupe, volontiers ordurier. Innombrables bulletins de changement de domicile CONNU COMME JUIF SOUS LE NUMERO 35702, tuilés dans une construction écœurante, murs d'usine élevés à toute allure et écroulement (ou le contraire). Ou suintement noirci remonté avec des cassages de gueule inénarrables! Mâchefer. Il bat des mains. (Les flics qui l'ont arrêté dans le train doivent le relâcher.) Petit déplacement. "A soixante on pouvait encore s'accroupir: à cent trois on restait debout........... cinq hommes devinrent fous; deux en crevèrent....." |
En octobre 40, Soutine doit aller se faire recenser comme juif 8. Une amie 9 m'a raconté qu'à la sortie du bureau, Soutine lui avait dit en riant: « Regardez! Ils m'ont abîmé mon juif!», parce que le tampon avait été mal appliqué. Frage: Et ensuite? Antwort: J'avais ouvert mon magasin d'antiquités et j'avais de moins en moins le temps et l'occasion de rencontrer Soutine. Une après-midi, cependant, j'eus l'occasion de passer chez lui. Il était très souffrant: son ulcère ne le laissait pratiquement plus dormir. Il me montre quelques toiles récentes, dont le magnifique "Jour de vent à Auxerre" 10, qu'il est allé chercher à Civry. Il s'exprime de façon saccadée, tourmenté par la douleur... Nous parlons de choses et d'autres. Il me raconte qu'en revenant une fois de Civry, il s'assied, dans le compartiment du train, devant un homme qui se lève précipitamment au premier arrêt. Les gendarmes montent dans le train, entrent dans le compartiment de Soutine et... l'arrêtent, le prenant pour une personne recherchée. Il fallut téléphoner à la préfecture de police de Paris pour le faire relâcher. Il me décrit des tableaux qu'il a peints il y a bien longtemps, il se souvient des plis de la manche de l'enfant de chœur qui formaient comme une sorte d'alphabet, il me... Frage: Vous parliez tout à l'heure de sa nouvelle amie... |
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Attends un peu, je vais continuer. Je vais prendre ailleurs mes arguments: "L'évadé est promené sur un chariot par deux déportés de la même nationalité. Un orchestre ouvre la marche sur l'air "J'attendrai le jour et la nuit, j'attendrai toujours ton retour." A travers le désert incolore (En février il quitte Civry pour louer une chambre 25 avenue d'Orléans.) il n'y a là ni jour ni nuit (Puis quitte l'avenue d'Orléans pour revenir au 18 Villa Seurat.) méconnaissable à cause de son chapeau bleu (Se cache avec Marie Berthe Aurenche chez les Laloë 26 rue des Plantes.) Bach: Toccata en mi bémol majeur (A Champigny sur Veude.)
FEMME ENTRANT DANS L'EAU Descend avec une sérénité giclante vers le fond où s'éparpille tout fracas, tous mes gestes inventés autrement par cette fugue, source qui coulerait en elle-même, dans les nuées creusés des trous grondant à crever, quelle importance, ver coupé, ces pans flottants; déchirés, à quoi bon gueuler, ou descendre à l'inverse de cette file de morts à masques à gaz? Vainement. Grondement. Chuchotement imperceptible. |
Antwort: Excusez-moi, j'y reviens... Je disais donc que je ne pouvais plus voir Soutine aussi souvent que par le passé. Je pensai donc qu'il serait bon qu'une autre personne pût s'occuper de Soutine qui était gravement malade, puisque Gerda était retenue dans le sud. J'arrangeai donc une entrevue au café de Flore avec une jeune personne qui était très désireuse de faire sa connaissance... Frage: Vous lui avez donc mis une poule entre les pattes? Antwort: ... oh! Voyons, la jeune dame est une personne très comme il faut et qui a pris grand soin de lui 11. Frage: Revenons-en à Soutine, voulez-vous? Antwort: Il s'est mis à changer constamment de domicile. Ses amis lui conseillaient de passer en zone libre 12, mais il refusa. Il a habité pendant quelque temps chez des amis et puis il a quitté Paris vers juin 41 13. Je ne l'ai plus revu depuis. Frage: Même pas chez vous? Antwort: Ma demeure a été réquisitionnée par la Wehrmacht. Comment voulez-vous que j'accueille des hôtes en ce moment? Zwischen der Vernehmung wurde eine Teepause eingelegt, da Frau Castaing durch die Befragung etwas mitgenommen war.
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Violoncelle, coincé contre un tronc, couine, deux gémissements terminaux. Wagon.
L'ENFANT EN ROUGE 1942 47,5 X 36, 5 CM Le rouge des wagons sales, grince-t-il. Cet enfant entre et sort du mur et parce que je suis absent, il possède une auréole de céruléum. Il dit à Marie Berthe: parce que je suis absent. Titus à l'Ecritoire, au musée Boymans: ils lèvent tous les deux les mains à la bouche (geste qui lui est aussi familier). Veilleurs dans le corridor. Ils déchiffrent les énigmes gravées sur le mur, leurs yeux retournés. Des femmes sont assises de loin en loin, dans ce corridor. Sur leurs genoux des enfants bleus comme les vitres. Attendre dans les flaques. L'évadé égaré: oiseaux verts dans l'obscurité. Sur le radeau. Haut. Bas. Murs pliés par un (vraiment?) sifflement de l' air bleu, certains traits recouverts d'une écriture fébrile, le liquide sur lequel je naviguerais? bout, à l'évidence, sortir de là. Le matin de 1942 est une baraque rouge dans les gueulantes de la Gestapo. Penché vers l'eau entrechoquée, (J'aurai à m'expliquer sur cet absurde pointillisme!) remontant le courant, Glockenspiel, dessin des ongles dans le béton, traversé par quelque certitude ténébreuse qui lui fait constater le nouvel arrangement: arbres je vous suis ou je suis vous, tel que: cassé et déchaîné, j' en finis avec les corridors! Il grimpe au dessus de lui-même et pressent que cet exercice n'aura pas de fin. A-t-il une réplique à faire? Non, non. Dans un rêve il a vu une falaise-façade où sont rangés en files des crânes énormes quelquefois interrompus par une chute de pierres immobile. |
EPILOGUE Au contraire de sa déclaration, cela est bien compréhensible, Madame Castaing et son mari continuèrent à voir Soutine. Marcel Laloë, chez qui Soutine et sa compagne s'étaient réfugiés, écrit à un de ses amis, Fernand Moulin, vétérinaire et maire de Richelieu (Indre-et-Loire), près de Chinon. Celui-ci accepte de les cacher. Fernand Moulin leur fait établir de fausses cartes d'identité, visées par la Préfecture de Tours et les installe à Champigny-sur-Veude, village dépendant de Richelieu, chez Mme Coquerit qui tient un hôtel-restaurant. Marie-Berthe se querelle avec la propriétaire et ils doivent bien vite chercher un autre logis. Ils finissent par se faire renvoyer de toutes les auberges de la région, car Soutine et Marie-Berthe sont d'une malpropreté effarante 14. Sur la route de Chinon, Fernand Moulin leur déniche une petite maison de campagne. Un dernier instant de répit. Soutine se remet à peindre, avec des couleurs que Laloë lui fait parvenir. Les paysans médusés voient le matin passer un spectre, cassé en deux par l'ulcère qui le déchire, rasant les murs de Champigny, une chemise crasseuse sur un pantalon déchiré. Soutine porte sous le bras une toile punaisée sur une planche, il va peindre des arbres, toujours des arbres, et quelques enfants 15. |
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Voyez: il est éperdu au bord de la passe-frontière. Il crie Nous sommes d'accord sur l'essentiel et alors? Ver coupé / une bêche frappe / sur le drap / saut noir / drap bousculé en herse, en fourche, en croc jaune rose avec des traînées. Ses deux souliers ouvrent leurs gueules hurlantes (être opéré). Pouvant à peine parler il demande à être opéré. Quartiers sautillants de viande dans une ambulance (d'autres disent un corbillard) qui fait un crochet incompréhensible par la Normandie. Poussé sur la plaque blanche de la rue Lyautey. C'est le 7 août. L'éventrement est inutile, l'effacement, inévitable.
LE GRAND ARBRE - 1942 - 99 X 75 CM Au dessus de la petite cabane, langues de vent nocturne. Où chaque mot de "Reste calme, reste en paix", chaque pulsation de chaque harmonie, (et même les ornements de cet emportement coagulé) fouaillent un tissage railleur. Voyez: Traces de la montée et de la descente, Trou minuscule par où passe un murmure: "hors du où". |
Les Castaing viennent le voir une dernière fois. Une dispute éclate au sujet de la taille d'un tableau commandé 16. Soutine, qui avait découpé la toile pour recentrer le grand chêne, ne comprend pas cette colère d'épicier. Il propose "Les petits cochons" 17 en prime. Les Castaing sont intraitables. La rupture est consommée, c'est Louis Carré qui accrochera les deux dans sa galerie! Noël 42, Soutine demande à Olga Laloë 18 de lui chanter le choral de Bach: Reste calme, reste en paix... Marie-Berthe écrit à Olga: « Je trouve à Soutine une mine qui m'angoisse. Il est tout blanc... Il s'est traîné pour travailler au moulin, mais je vous assure qu'il ne va pas bien. Voilà trois semaines qu'il n'a pris que du lait. En général, ses crises ne durent pas autant.» 19 Eté 43, on transporte d'urgence Soutine à l'hôpital de Chinon. Le chirurgien conseille une intervention chirurgicale immédiate. Marie-Berthe Aurenche, qui s'est présenté comme son épouse, s'y refuse, prétextant l'incompétence d'un médecin provincial. Avant de sombrer dans un demi-coma, Soutine supplie qu'on l'opère. Marcel Laloë fait venir une ambulance de Paris, il donne ses papiers au mourant pour éviter d'éventuels contrôles de police et donne l'ordre à l'infirmier de foncer sur Paris. Mais Marie-Berthe Aurenche fait faire plusieurs détours pour aller récupérer des toiles et des affaires personnelles, si bien que l'ambulance roule pendant vingt-quatre avant d'arriver à la Maison de santé de la rue Lyautey. Soutine est aussitôt opéré d'un ulcère perforé. Il expire deux jours plus tard, le 9 août 1943. Le 11 août à 14 heures, Soutine est enterré au cimetière Montparnasse. Max Jacob et Pablo Picasso sont parmi les rares personnes à suivre le cercueil. " A ce moment-là, n'aie pas peur de cette lumière rouge, dure et brillante, limpide et claire car elle émane de toi." Bardo Tödol |
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L'EFFACEMENT |
NOTES
* Droits réservés
1
Traduction
du texte allemand:
«
Audition de témoin
2ème audition de Madeleine Castaing, demeurant
à Lèves, près de Chartres, dans le cadre de l'instruction contre Chaïm
Soutine. (ajouté à la main)
En présence du Hauptsturmführer SS Uwe
Lorenz, commandant de la SiPo (Gestapo) de Chartres, de l'interprète
Jean-Yves Meyer et de la dactylo Mme Ingrid Elster.
Aujourd'hui a
comparu le témoin au bureau de la SiPo de Chartres. Elle a été informée
quant aux conséquences d'un faux témoignage.
Elle affirme vouloir
s'en tenir à la vérité et répondre aux questions suivantes:»
2 "Après l'orage" ou "Les grands peupliers à Civry" - 1939, 73 X 54 cm - R. & E. Hecht Museum, University of Haifa, Israel.
3 Chez le peintre lituanien Udo Einsild.
4
« Civry,
le 23 septembre 1939
Mon cher Georges
Depuis ton départ pour l'Algérie
je suis bien triste malgré la présence de Gerda. La guerre me rend malade
et je ne sais pas ce que tu es allé faire dans les spahis français si
ce n'est la beauté de leurs burnous blancs et rouges. Ah! ce rouge des
spahis!
Nous allons nous promener souvent à Avallon et à Auxerre
et je peins pour m'arrêter les cauchemars qui me rend (sic) malade.
Mon estomac va mieux et un médecin de passage mobilisé m'a donné des
sachets qui me font beaucoup de bien...
[...]
J'ai vu également
Kikoïne qui veut repartir pour le Midi avec sa famille. Je n'ai plus
de nouvelles de Krémègne et de Lipchitz.
Le mauvais temps est revenu.
Le ciel est gris et j'ai de la peine. Mes amis sont dispersés et j'ai
peur qu'il m'arrive un jour malheur. J'ai laissé les clefs de ce que
tu sais chez Madame Claire. J'aurais voulu me soigner à Châtelguyon
où je me sentais bien il y a dix ans de mes douleurs, mais on ne peut
plus rien faire maintenant.
Je t'attend un jour si Dieu veut.»
«
Civry, le 4 octobre 1939
Procure-moi des tubes. Je n'ai plus de couleurs
pour l'instant. Je dessine seulement et je refais des gouaches et des
aquarelles bien que je n'aime pas trop cette sorte de peinture...
[...]
Je
fais quelques travaux pour m'occuper. Je lis. On m'a passé des livres
sur Rembrandt, sur Goya et sur Le Greco. Celui-ci m'intéresse beaucoup.
Sa toile l'Enterrement du comte d'Orgaz est un chef-d'œuvre. J'ai lu
que l'écrivain Gongora avait écrit de lui qu'il donnait une âme au bois
et la vie au linge. C'est vrai. Le curé ici ne l'aime pas parce qu'il
allongeait les corps des personnages...»
«
Civry, le 15 mars 1940
Je dessine car je n'ai plus momentanément
de peinture. Mais le cœur n'y est pas. Gerda a été convoquée par la
police...»
(cité par Courthion, op. cit., pp. 130-134).
5
"Retour
de l'école après l'orage" - 1939, 43,2 X 49,5 cm
"Le chemin
de l'école, Civry" - 1939, 45,7 X 38,1 cm
"Deux enfants
sur la route" - 1939, 44,5 X 60,3 cm
6 Avec Antoinette Sachs qui se réfugie bientôt à Bordeaux, en zone libre. (voir Clarisse Nicoïdski, op. cit., p. 249)
7 Au 25, avenue d'Orléans, d'après le bulletin de changement de domicile, dont une copie manuscrite figure dans la chemise 9, établi par le commissariat du Petit-Montrouge, en date du 15 février 1941, et surchargé du mot "juif".
8
Ordonnance
relative aux mesures contre les juifs du 27 septembre 1940
[...]
Paragraphe
3
Toute personne juive devra se présenter jusqu'au 20 octobre 1940
auprès du sous- préfet de son arrondissement, dans lequel elle a son
domicile ou sa résidence habituelle, pour se faire inscrire sur un registre
spécial. La déclaration du chef de famille sera valable pour toute la
famille.
[...]
Signé: Le Chef de l'Administration Militaire en
France.»
9 Chana Orloff.
10 "Jour de vent à Auxerre" - 1939, 48,9 X 72,7 cm.
11 C'est Marie-Berthe Aurenche, née en 1905, qui avait épousé Max Ernst en 1927, contre l'avis de sa famille. Clarisse Nicoïdski, dans son ouvrage sur Soutine (op. cit., pp.250-253), la dépeint comme l'archétype de la ravissante idiote... ce que la suite des événements ne manquera pas de confirmer!
12
« Je
fus effrayée de le voir circuler dans Paris, pendant que les Allemands
le recherchaient. Je lui conseillai de partir au plus vite en zone libre.
Il me répondit: - On ne peut pas vivre en zone libre, il n'y a pas de
lait. [...] Peu après, je le rencontrai dans la rue. Il me dit ne rien
craindre et me montra son chapeau bleu. Dans sa naïveté, il pensait
que sa tenue le rendait méconnaissable.»
Chana Orloff, citée par
Courthion (op. cit., p. 138).
13
Marie-Berthe
Aurenche et lui se réfugient chez les Laloë, au 26, rue des Plantes.
Ils y restent trois mois, du printemps au début de l'été 1941. Dans
l'atelier de Marcel Laloë, Soutine passe ses journées à écouter du Bach.
Il ne peint plus. Les Castaing et le critique d'art Adolphe Basler viennent
souvent le voir.
Le concierge de l'immeuble exige que les Laloë déclarent
les visiteurs clandestins. Soutine et Marie-Berthe Aurenche doivent
partir.
14
"Mme
Laloë se rappelle, à Champigny, chez les "Soutine", le peigne
crasseux et la cuvette à côté des petits pains et du pot à confiture.
Leur chambre était un taudis... Soutine perdait ses cheveux, ce qui
ne laissait pas de l'inquiéter. Pour les préserver, il s'écrasait un
œuf sur la tête et mettait son chapeau par-dessus.»
Courthion (op.
cit., p 142)
15
"L'enfant
en rouge" - 1942, 47,9 X 36,5 cm
"Deux enfants à Champigny
au ciel bleu" - 1942-43, 46 X 61 cm
"Jeux d'enfants à Champigny"
- 1942-43, 54,9 X 40 cm
"Deux enfants assis sur un tronc d'arbre"
- 1942-43, 54 X 62,2.
16 "Le grand arbre" - 1942-43, 99,1 X 74,9 cm.
17 "Les porcs" - 1940, 45,1 X 56 cm.
18 Olga Lucher, femme du peintre Marcel Laloë, était une cantatrice connue.
19 Courthion (op. cit., p.142).