ESSANT de voir dans la voûte étoilée le séjour prochain de leur âme ravie, les astrophysiciens com­mencent à nous apporter enfin quelques lueurs sur la cancéreuse multiplication de l'univers, même s'ils demeurent muets sur sa cause première, que leur fameux big-bang ne suffit pas à justifier. À nous, dans nos ténèbres, de tenter d'éclairer, à ce lumignon, notre pâle réflexion.

Je crains que ce ne soit que pour nous convaincre davantage encore de notre inanité. Que non seulement notre existence mais celle des microbes et des planètes n'ait tenu qu'à un accident d'attirance ou de répulsion de micromolécules, déchets du fractionnement du Tout commis par le Répulsive, ne renforce pas la haute idée qu'on pouvait, éventuellement, se faire du cosmos et de nous-mêmes. Dépréciant jusqu'à la nullité l'objet de notre discours, notre caquet s'en trouve définitivement rabattu.

Il n'en demeure pas moins que ce formidable foisonnement du créé, répercussion ramifiée de la fêlure initiale, est la marque éclatante du crime originel de la Dévastatrice. La pullulation malade, le torrent relâché de matières viciées qui constitue les astres les plus éblouissants, attestent Son péché.

C'est à son examen qu'il nous faut d'abord nous attacher, puisque c'est par là que tout a commencé.

 

Chaque galaxie, cent millions de soleils, et milliards de galaxies, outre les dix nouvelles que l'on découvre par an.

Et l'homme voudrait se croire le roi de cette dysenterie cosmique ?

Roi d'une tinette de diarrhéique.

 

Microbe de fond de latrines, on ne sait ce qui fait le plus rire de l'homme :

ignorant, le délire de sa gasconnade,

avisé, la placide acceptation de si fabuleuse humiliation.

Roi d'une tinette de diarrhéique.

 

Roi d'une tinette de diarrhéique,

“ Dieu a fait l'homme à son image ”, au mieux, a ch... le monde un jour de grande colique, et nous dedans.

Directement issus d'elle, pas de quoi perdre la tête, plutôt la perdre tout à fait et disparaître de confusion.

 

“ Le silence éternel des espaces infinis m'effraie ”.

Taquinés par les astrophysiciens, les “ espaces infinis ” se sont mis à papoter ;

pour nous dire notre honte et notre dérisoire chétivité.

Rois d'une tinette de diarrhéiques.

 

Cent milliards de soleils dans chaque galaxie et des milliards de galaxies, plus autant de milliards de mil­liards “ d'heureuses circonstances pour aboutir à l'hom­me ”,

difficile de croire que, ailleurs, d'autres milliards de milliards “ d'heureuses circonstances ” - ou d'aussi catastrophiques - n'aient pas abouti à d'autres hommes - ou les mêmes - pour leur totale malédiction,

toute pareille à la nôtre.

Ripaille céleste.

 

Milliards de milliards de soleils,

le nôtre, petite étoile de seconde zone aux deux tiers du rayon vers le bord de notre disque galactique,

et toute la méchanceté de l'univers concentrée pour nous apprendre à nous, et à nous seuls, que nous sommes les

Rois des ordures célestes ?

demande trop de forfanterie pour le croire.

 

Milliards de milliards de soleils, de supernovae, de trous noirs, de géantes rouges, de naines blanches, brunes, noires, de quasars, d'amas, de super-amas, de pulsars, etc. pour aboutir à notre petite conscience ;

pire que la montagne qui accouche d'une souris,

univers qui avorte d'un

Bacille d'ordures célestes.

L'unicellulaire, l'amibe, le microbe se savent-ils unicellulaire, amibe, microbe ?

D'où vient cette méchanceté cosmique qui nous martèle que nous sommes

Bacilles d'une poubelle céleste ?

 

Etre bacilles d'une poubelle céleste et le savoir, formidable singularité qui a toujours épaté les mortels.

Cette promotion, au lieu de bacilles, nous bombarde

Rois des ordures célestes.

 

Tant de souffrances, de deuils, de ruines, de lucide effroi de la Mort pour mériter le titre de

Rois des ordures célestes ;

aurions préféré l'anonymat.

“ La grandeur de l'homme est grande en ce qu'elle se connaît misérable ”, dit Pascal.

Pour nous, plus de grandeur,

que dérision et douleur.

Couronne d'épines.

 

Notre grandeur réduite à dérision et douleur, à quel titre l'accepter ?

Maudire et pester, se suicider ou s'abêtir.

Couronne de clown.

 

“ II nous faut nous abêtir pour nous assagir ”, spécifie Montaigne.

“ Sages ”, des abêtis professionnels, des foies-blancs ou des morts-vivants.

Eludent de se savoir

Rois d'une poubelle céleste,

préfèrent être les

Rois de la déguerpissade.

 

Se savoir Rois d'une poubelle célesteet assumer notre condition,

si peu en ont été capables, que presque tous se carapatent vers le cocon de quelque foi ou de quelque religion.

Rois des foireux.

Paires de protons anti-protons, de neutrons anti-neutrons, puis d'électrons anti-électrons qui se fondent et s'annihilent en lumière ;

hélas, pour un milliard de particules négatives, un milliard plus un de particules positives,

ces aigres vieilles filles qui n'ont pas trouvé de partenaire avec qui se suicider, triste origine de la matière.

Univers, vengeance de mochetons méprisés.

Univers, un milliard tout rond contre un milliard plus un,

Simple erreur de calcul,

ou vengeance de mochetons méprisés ?

Dans un cas comme dans l'autre,

Pas de quoi pavoiser.

Un milliard tout rond, rien que de la lumière.

Un milliard plus un, affligeante naissance de l'univers

Déplorable faute d'un cancre.

 

Point de déplorable faute d'un cancre, point d'univers,

mais un immense éblouissement,

sans rien ni personne pour en être ébloui.

 

Milliard plus un, faute infime.

Sa petitesse même, tentative pour la cacher.

Pitoyable pudeur d'un cancre.

 

Faute de calcul : origine de la matière ;

l'univers :

Ânerie de cancre.

“ Et la lumière fut ”.

Eût bien mieux fait de rester lumière,

plutôt que de triturer ses déchets en matière.

Comme nous le savions déjà :

L'univers, un dépotoir.

 

L'univers, dépotoir de la lumière ;

Décharge contaminée.

Les scientifiques recherchent la “ solution ultime ”, équation qui rendrait compte du cosmos et de sa source. Ils seraient capables, dès lors, de le faire éclater.

“ Solution ultime ”, forme de “ solution finale ” de tout le créé,

Rédemption ou

Bourde de déments.

 

“ Solution ultime ”, pareille au nom sacré de Dieu chez les Juifs,

nom interdit ; le détenir, le proférer serait détruire l'univers.

Du fond de notre poubelle, nous pouvons néanmoins estimer cette interdiction

Pertinence de prudents.