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Point du tout. L'Immonde Stellaire, pour railler la panique où nous jettent les gouffres dont Elle nous environne, fait mine de les combler et nous induit à croire en un absolu bénéfique, réparateur. C'est pour exiger que, sous cet accoutrement qu'Elle Se donne pour atours, nous Lui rendions grâce et chantions Ses louanges. Hélas, nos dithyrambes, nos hymnes les plus exaltés ne sont jamais à la mesure de Son exigence. Si nous nous affalons en actes contrits d'admiration, si nous léchons la poussière des restes d'ongles noirs de Ses orteils décharnés, nous n'en faisons pas encore assez. En revanche, si copiant les mœurs de l'Infatuée, nous quémandons quelques petits éloges pour consoler ou tromper tant soit peu les infirmités que nous Lui devons, La voilà qui pouffe et nous, tristes flagorneurs, qui pouffons avec Elle, moi la première, qui prends la tête des moqueurs et ris à grand bruit de ces présomptueux. Je devrais me corriger. Cette mendicité d'admiration, ces luttes effrénées pour obtenir ces signes d'importance ne sont qu'humbles requêtes, pathétiques demandes des éclopés qu'Elle fait de nous. Si quelques ingénus peuvent se consoler par ces pâles non moins qu'aveugles succès, hé bien, qu'ils s'en réconfortent. Ils jouiront ainsi de minces instants d'illusion avant que deuils ou autres catastrophes ne viennent, cruellement, les détromper. Quelle que soit leur triche, les plus heureux auront un jour ou l'autre à faire face à notre condition de désastre, bénis soient les infortunés qui, faits à la boue de notre terrain vague, finissent par s'y accommoder d'un trognon blet.
Grégoire de Nazianze, un des Pères de l'Eglise grecque, nous dit, comme Senacour : “ Qu'est-ce que vivre ? C'est sortir d'un tombeau pour aller vers un autre tombeau ”. Issue de la Mort, la vie, par la Mort avalée, Aigre rot du néant.
Vie, aigre rot du néant ? Les protozoaires, les mouches, les lapins, les éléphants ne sont pas moins en vie que nous, ne paraissent pas se fourrer pareille incongruité dans la tête. Bienheureux dépourvus de comprenaille, Instrument de torture conçu pour les seuls humains.
Instrument de torture conçu pour les seuls humains, lucidité à nul autre infligée, afin de n'obliger que nous à discerner les abîmes dont Elle nous environne et nous en épouvanter, Aigre rot d'un méchant
L'exclusivité de l'épouvante des abîmes : supplice suprême ; d'autres disent : suprême distinction. Et de s'aviser qu'un Être toute bonté y a présidé, “ pour notre plus grande gloire ”. Aigre rot d'un méchant.
Élection pour notre plus grande gloire, ou pour la “ plus grande gloire ” de notre électeur ? Chef d'un chœur de lémures à notre ressemblance, uniquement destiné à chanter ses louanges, égo-idolâtrie dont nous payons le prix. Aigre rot d'un paon.
Ego-idolâtrie jamais assouvie d'encens, d'éloges, de prières, de dithyrambes, de sacrifices - fussent-ils humains et dont ceux, évités d'un cheveu, d'Iphigénie ou d'Isaac, infatuation qui ne nous accable de jugeote que pour le vain plaisir de s'entendre glorifier, Aigre rot d'un paon.
Çakya Muni proclame : “ Je suis le Saint, le Parfait, le suprême Bouddha ”, Jésus n'est rien moins que le “ Fils de Dieu ” ; Dans un cas comme dans l'autre, garantie de louanges. Roues de grands paons.
“ Dieu dit : « Que la lumière » soit et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ”. “ Dieu appela le sec terre et appela mer l'amas des eaux. Et Dieu vit que cela était bon ”. Sans attendre qu'on lui dispense des louanges, tout fiérot de son ouvrage, Dieu se les accorde à lui-même. Précaution de paon.
“ Dieu a créé le monde par amour ”. Point du tout : par vanité. Aigre rot d'un paon.
Avisés de la formidable vanité des cieux, prières, fêtes, adoration, autant de trucs des hommes pour être payés en retour. Placements sur paons.
Louanges et actes de soumission entre hommes, c'est bassesse. Adressés aux dieux, c'est dévotion. Différence de degré. Dans l'un et l'autre cas, à même flatterie, même espérance de faveurs, Placements sur paons.
La voracité de louanges des cieux est tellement démesurée qu'elle n'est jamais rassasiée. Cathédrales, faste des temples indiens, puissance de ceux d'Egypte, superbes adulations pour tenter de l'apaiser ; Placement sur paons.
Au-delà des prières, au-delà des sacrifices, les Indiens du Pérou se ruinent en potlatchs, donnant bien plus qu'ils ne possèdent, pour acquérir du prestige en proportion inverse. Spéculation sur paons.
Qu'il y a de vrais dévots, tout d'amour et d'humilité ? Sans doute. Ce sont les plus intéressés : Mortifications ici contre gloire totale là-haut : Placement sur paons.
Mortifications ici contre gloire totale là-haut : nul autre que ces flagellants n'a prêté tant de vanité aux cieux. Seuls à penser qu'elle n'exige rien moins, pour se satisfaire, que notre complet effondrement. Placement sur paons.
Humilité devant les dieux ? Les petits humains s'en revanchent. À l'occasion des rites et des fêtes censés aider au lever du soleil ou à la rénovation de la nature, se prennent pour leurs collaborateurs. Petits paons.
L'homme, collaborateur des dieux ? Sans doute : La camelote du résultat serait là pour le prouver. Travail de paon.
Si Dieu Tout Puissant ou la moindre petite divinité de n'importe quel Olympe réclame également honneurs et vénération, ne pas s'étonner de la fabuleuse vanité des hommes, leur triste caricature. Aigres rots de petits paons.
VERSION INVERSE : ne pas s'étonner de la fabuleuse vanité des dieux, ou de Dieu, photos agrandies des pauvres petits humains. Aigres rots de grands paons.
Articles dans le journal, passage à la “ télé ” : gloriole. Que de minables petits humains la réclament n'est que piètre compensation à leur débilité ; qu'une totale et sereine divinité exige qu'on la glorifie, n'illustre que sa fatuité. Grand paon.
Dans notre débilité vouloir la gloriole peut s'excuser, c'est recette de rebouteux pour soigner notre mistoufle. Mais inexcusable d'être façonnés conscients de cette mistoufle, qui réclame, pour se consoler, le piteux du clinquant. Sanglots de petits paons.
Resplendissants, régnant dans quelque ciel, réclamerions-nous encore la vaine gloire pour rapiécer tant soit peu nos loques ? Le craindre, puisque nous prêtons notre fatuité aux dieux. Petits et grands paons. Éloges, marques d'admiration, besoin si pressant des guenilleux que nous sommes, que des empires entiers, des religions même, ont été fondés sur la flatterie. Grands sanglots de petits paons.
Se demander qui, des flattés ou des flatteurs, désole davantage : Les bouffis qui commandent des panégyriques, ou les pouilleux réduits à les prodiguer. Grands et petits paons : Piaillerie de basse-cour.
Nous leur élevons des temples, nous nous abîmons en prières, nous nous affaissons en humilités, c'est à nous, piteux humains, qu'il faut dresser des autels. Sort si douloureux que le nôtre, nul dieu au ciel, nul démon en enfer ne serait de taille à l'endurer. Petits paons déplumés, les anges sont dans la basse-cour.
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