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Les apprivoiseuses des trois Familles du pays de Thyl atteignirent ensemble la Caverne de l'Ourse. Yani du Lac Bleu était une assez jeune yulhane de petite taille, plutôt ronde, avec des yeux rieurs. Elle portait de nombreux colliers de coquillages blancs qui couvraient son buste et avait peint ses jambes de signes compliqués. Neï des Collines Rouges, le visage long à l'expression maussade, les cheveux grisonnants, se tenait droite et fière dans ses vêtements en peau de biche. Sa tête supportait une haute coiffure faite d'écorces tressées. Enyu de la Forêt Bruissante, habillée de fourrures de levrette piquées aux épaules de plumes vertes, avait enduit sa chevelure d'un casque d'argile qui faisait ressortir ses traits ciselés. Toutes trois appartenaient à la race des Bleues. Elles n'échangèrent aucune parole, seulement un regard appuyé d'un battement de cils, et pénétrèrent dans la Caverne d'un pas lent et glissant, silencieux. Leurs yeux s'accoutumèrent peu à peu à l'obscurité. Elles détaillèrent longuement les bêtes peintes sur les parois, cavales, biches, bufflonnes, ourses, puis chacune fouilla dans son bagage, alluma une lampe à huile, aligna à ses pieds des petits godets contenant des couleurs - du noir, de l'ocre, du blanc - des tiges mâchées au bout qui servaient de pinceau, d'autres pinceaux, en poils. Chacune mêla d'eau, avec un bâtonnet, les pâtes sèches. Leurs gestes se répondaient. Elles s'immobilisèrent totalement, scrutant avec intensité une portion vide de la paroi. Elles commencèrent à dessiner des silhouettes noires, sans hésitation, d'un seul trait ferme. Et ces silhouettes avaient l'exact mouvement d'une bête. La biche d'Enyu semblait frémir d'alerte, les oreilles grandes ouvertes ; la cavale de Neï trottait gaiement, naseaux au vent et le renflement de son ventre la faisait pleine ; la bufflonne de Yani s'apprêtait à charger, le front bas et le sabot grattant. Quelques touches brunes et blanches marquèrent les volumes, quelques tapotements de tige mâchée sèche indiquèrent les poils des fourrures, des queues, de la crinière. Chacune alla voir ce que l'autre avait fait, observant sans rien dire, puis elles essuyèrent et rangèrent soigneusement leur matériel, sortirent et, sur un nouvel échange de regard ponctué d'un cillement, se séparèrent.
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