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La soleille 3 était partie ne laissant derrière elle que son rougeoiement et la première étoile s'allumait dans la cièle 4. Enyu de la Forêt grimpa l'échelle qui montait à sa cabane puis la tira derrière elle. Elle effaça d'un revers de main la peau qui fermait l'entrée et laissa ses yeux s'accommoder à la pénombre. Bientôt elle distingua la petite silhouette de Lymn assise, les jambes repliées, le buste droit, sans mouvement. Seuls ses grands yeux brillants exprimaient sa joie du retour de l'apprivoiseuse. Lymn n'avait vu que neuf saisons chaudes mais elle était déjà l'élève d'Enyu. Quoiqu'elle n'apprît encore que les bases de l'apprivoisement qui étaient le silence et l'immobilité, elle la seconderait puis lui succéderait. Son petit corps frémissait mais elle ne bougeait ni ne proférait une parole. Enyu esquissa un léger signe de la main droite, tourna sa paume vers le haut, y replia les doigts. Lymn se leva lentement et, sans bruit, s'affaira dans un coin. Elle posa aux pieds d'Enyu une large écorce plate qui contenait des aliments. Enyu s'assit et mangea un fruit, une galette de céréales sauvages, des lanières de viande séchée. Debout, sans bouger, Lymn la regardait puis, voyant qu'elle ne parlerait pas, elle inclina un peu la tête et alla s'allonger sur son lit. Enyu finit par l'imiter. Elle reposait à plat sur le dos, les mains jointes sur la poitrine et rappelait à elle les images des peintures faites à la mi-journée. La première fois qu'Enyu était entrée dans la Caverne, de nombreuses saisons en arrière, elle avait cru qu'elle serait effrayée et la grande paix des lieux l'avait étonnée. Dans la pierre on se sentait forte et tranquille. Cette biche qu'elle avait immobilisée dans l'obscurité paisible et solide de la grotte, elle allait l'apprivoiser. Déjà, par ce dessin, elle l'appelait à se laisser séduire, dominer par une conscience plus puissante que la sienne. Dans ces peintures, la yed (le souffle, la vie, l'âme) des bêtes avait été capturée et figée et ainsi l'apprivoiseuse donnait figure à son pouvoir. Elle s'endormit.
3 Ayu nôn, disent les yulhanes, et ayu signifie "la". 4 Ayu aïm.
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