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      La pierre, plate, taillée en forme de losange, d'un sombre gris, ne mesurait pas un sechaïn 17 de hauteur. Sur une de ses faces était gravée la forme d'une yulhane très stylisée et sur l'autre le signe de la Souveraine Shadulha, surmonté d'un deuxième que Yani ne comprenait pas, l'ensemble donnant :


      La pointe haute du losange avait un trou qui permettait d'y attacher un cordon.

      Non seulement on n'offrait pas d'asheïa aux enim mais celle-ci semblait étendue et Yani n'en avait vue nulle part de pareille.

      Elle ferma sa main sur le petit losange dur aux faces lisses mais aux bords rugueux ou coupants, assez irréguliers.

      Yani réfléchissait. Elle ne connaissait qu'une ushanli et c'était assez loin, au Quesh de Djuat. Sedeïn, originaire du Lac Bleu, après s'être largement enduite de boue, sur ses bords, en compagnie de Yani et d'autres enfantes, était devenue responsable des écritures de plusieurs quesh du pays de Thod dont Djuat, où elle habitait, dans un bâtiment à part du domaine réservé aux religieux. Sedeïn saurait déchiffrer l'inscription et connaîtrait l'origine de l'asheïa. Elle saurait aussi qu'en faire, à qui la retransmettre.

      Yani hésitait. Elle avait l'intuition que la pierre était rare et précieuse mais elle se méfiait des intuitions (dites "légères", "volantes" par les apprivoiseuses) qui ne sont que de l'imagination.

      L'imagination peut être claire et brillante au point de sembler une vision.

      Elle craignait de se tromper, de faire un voyage à Djuat pour rien et de paraître ridicule aux yeux de cette amie d'enfance qu'elle n'avait pas vue depuis trois cercles.

      Mais si elle ne se trompait pas... Si l'asheïa était un de ces beaux objets que l'Adhalique exposait dans ses temples, voire un de ceux, plus exceptionnels encore, que la Papesse conservait à Djezereth.

      Elle laissa courir les images et alla jusqu'à voir son asheïa exposée au Mont Thaï dans la célèbre Yeddhu 18 (littéralement une solitaire, c'est-à-dire un refuge spirituel) de Shadulha devenue but universel de pèlerinage car pour toutes, thaliennes, tamyanes ou tamanaranes, Shadulha était la Djetharat, l'incarnation de Déesse.

      Quoiqu'on fût en 7034 S.S.S. (Soï Shin Shadulha) l'amour pour la Djetharat demeurait vif et son culte ne faiblissait pas, selon toutes les apparences. Elle unifiait le Yev tout entier même si la religion s'était scindée en deux courants, eux-mêmes divisés en bras plus minces, sans compter les diverses consoeuries ayant leurs propres cheffes et leur propre interprétation de la Shadulznê (le Pinceau de Shadulha).

      Yani hésitait aussi parce que, sans détester les voyages, elle n'aimait guère quitter sa région où elle avait de douces habitudes qui lui convenaient, d'autant plus que l'enimoï du Lac Bleu était très réputé pour la beauté de ses fils. Non qu'elle passât outre son serment de chasteté, sachant qu'elle y perdrait son acuité mentale, mais parce que la grâce l'enchantait et que, parmi les objets gracieux du Ter (le Yev), le jeune fils en bourgeon était un de ceux qui réjouissait le plus un regard de connaisseuse.

      Sa chaste fonction et le fait qu'elle y eût un frère lui permettaient de fréquenter assidûment l'enimoï sans qu'on jasât. Elle y passait des après-midi à boire du somalin 19 , à jouer au Kyen 20 et à écouter les amusantes confidences de charmants enim en fines et courtes tuniques aux fraîches couleurs, pour lesquels elle avait une tendresse quasi maternelle, du large de son étendue de presque trente-six cercles, quand certains d'entre eux, jeunes faons, n'en avaient que onze ou douze, et que leur voix n'avait pas encore pris les notes sensuelles, basses et chaudes de la puberté.

      Ils étaient comme d'innocents oiselets, d'abord un peu farouches puis, voyant l'absence de danger, pépiants et familiers et elle croyait, entourée d'eux, être au milieu d'une volière peuplée de jeunes mâles de la merlette aux becs et aux plumes brillantes, l'oeil vif et rond, l'esprit court mais plein de bonne volonté et de si belle apparence qu'on avait envie de tendre la main et de les caresser.

      Tentée, Yani posait parfois la main sur une frêle épaule nue frôlant une omoplate aérienne, fine comme une aile, ou la branche légère d'un cou où frisaient des petits cheveux sur la peau translucide. Elle lisait dans des yeux de cristal une espièglerie mutine et... diabolique. Effleurée par le souffle haletant de la Diablesse, elle retirait sa main comme si elle se fut brûlée mais y gardait une douceur extrême qui, parfois, lui amollissait le coeur, presque jusqu'à la souffrance. Alors elle s'interdisait pour des journées l'enimoï et s'interrogeait sur la religion de ses Mères et sur sa propre foi... avant de se permettre une petite partie de Kyen avec une amie, un ou deux verres de somalin et de se retrouver au coeur de sa volière, éblouie et tentée.


      Elle serrait l'asheïa dans sa paume. Elle se disait qu'en allant conduire Shad à Limnil pour l'enimeyè du pays de Thod, elle aurait fait un tiers de la distance qui la séparait du Quesh de Djuat. Les petites arêtes coupantes la blessaient. Elle serrait plus forte et la légère douleur lui était agréable. Comme l'asheïa dans sa chair, elle était incrustée dans son pays, sur la rive du Lac Bleu. Elle ouvrit la main et, de l'autre, en retira le losange de pierre qui y avait laissé son empreinte. Mais elle s'effaça presque aussitôt ne laissant que des marques rouges et bleues, là où les arêtes avaient tracé un petit sillon.

      Elle pensa : "Je suis attachée au Lac Bleu par les aspérités de ma conscience" mais cela n'avait peut-être pas de sens, sinon poétique.

      Enfin, elle décida de pousser jusqu'à Djuat. C'était la curiosité qui l'emportait sur la crainte du ridicule et l'esprit casanier, l'envie de savoir d'où provenait l'asheïa et ce que signifiait ce signe mystérieux au-dessus de "Souveraine Shadulha". C'était aussi l'idée du plaisir des retrouvailles avec Sedeïn.

      Non qu'elle aimât le quesh. Il se situait haute dans les Yévéhés, au pied du Mont Thaï, bien au-dessus de Limnil déjà à sept cents duan 21 d'altitude. Elle croyait savoir que Djuat était à cinq cents duan (825 mètres) plus haute que la capitale du pays de Thod.

      Au quesh les nuits étaient froids même à la belle saison. Mais les bâtiments principalement semblaient austères avec leur pierre grise et leurs barreaux aux fenêtres des dizaines de petites cellules toutes pareilles.

      Et puis... (Mais cela Yani se l'avouait à peine) les frères n'étaient que très rarement agréables à regarder et même si... La vêture de leur ordre pouvait anéantir le plus évident charme naturel et faire pâlir sous la coiffure austère, dissimulant totalement la chevelure, le teint le plus frais. Un grand rebord pointu jetait de l'ombre sur des yeux baissés dont on ne pouvait voir s'ils étaient longs ou larges, dorés ou pourpres. On devinait les grands cils battre et c'était toute.

      Mais les bouches étaient dans la lumière et bien peu, hélas, avaient ces courbes gourmandes et charnues, cette sinuosité de lignes sous le duvet léger, qui sont critères de la beauté ayonine, que les enim savent si bien rendre plus sensuelles encore en les faisant briller et gonfler grâce à de secrets artifices et qui contrastent délicieusement avec les maxillaires nets et les mentons déjà carrés, ayant encore pourtant du flou d'enfance, parfois creusés d'une tendre fossette.

      Yani savait que des ayons célèbres pour leur beauté s'étaient faits religieux pour fuir le monde, cacher une humiliation d'amour, regretter une amante oublieuse ou même par piété sincère. Mais on ne les trouvait guère dans les quesh retirés, plutôt près des temples prestigieux, dans les capitales, à Djezereth (Thal), à Tadji (Tamyan), à Sun (Tamanarev) et dans quelques autres cités opulentes dont Limnil n'était pas (la route principale pour aller au Mont Thaï sacré passait plus à l'ouest, par Djuran).

      Heureusement, pensait-elle, que Lyan, l'abbé du Quesh de Djuat, quoique sans beauté ni jeunesse aucunes, avait cet esprit qu'avait affiné la vénérée Ushan, et qu'elle était agréable d'échanger avec lui et de lire les intéressants rouleaux qu'il avait peints sous la dictée de la prêtresse-voyageuse. Heureusement que Sedeïn aimait le Kyen et possédait quelques précieuses bouteilles de vieux somalin de Sun.

      Heureusement enfin qu'elle espérait tenir une shezaïn yedayan 22 (une souveraine inspiration : une cheffe-d'oeuvre) et grâce à cette découverte (d'un enim de bourgade !) trouver faveur auprès de la hiérarchie adhalique, s'y faire des introductions.

      Elle était fascinée par le pouvoir de la religion et, par crises, pleine d'aspirations spirituelles. Persuadée que l'Adhalique savait reconnaître le mérite des siennes, elle pensait trouver, à un niveau hiérarchique suffisamment élevé, des yulhanes de profonde foi qui, mieux qu'une simple prêtresse, sauraient répondre à ses interrogations, à ses doutes et à ses peurs.

      Bonne apprivoiseuse dans les strictes limites de son art, elle savait, avec plus d'adresse que d'autres, tétaniser sur place une bufflonne pourtant d'esprit massif et peu influençable et, comme la chair animale était pour les yulhanes un aliment recherché même si peu consommé, elle remplissait sa tâche basique avec talent. Mais elle devenait hésitante ensuite quand elle s'agissait de pénétrer les esprits yulhanins, de les guérir, de les empêcher de nuire ou de les modeler. Consciente de cette médiocrité elle y voyait la marque d'une spiritualité pas suffisamment développée (elle estimait que sa formatrice et prédécesseuse n'avait pas su lui retransmettre les vraies profondeurs de l'apprivoisement et lui faire comprendre les enseignements des Dames du Yi).

      Ainsi Yani, pourtant ronde, rieuse, très attachée à ses plaisirs assez ter à ter, n'en avait pas moins des aspirations, vagues certes, mais tournées vers la cièle.

       

       

      Le journal d'une Yulhane

       

       

      "Elle m'arrive de revoir celle que je fus en mes adolescents espaces où je montais, alerte et gaie, pleine de sève et de vigueur, sur le coteau derrière chez moi et où, bras ouverts, dominant le Ter, avide de l'envelopper et de tirer de lui tout le suc de ses joies, je ne voyais rien au-dessus de moi, sinon la Cièle immense, rien au-dessus de la Yulhane sinon, bien au-delà de notre naturel sexué, la neutre et splendide pureté de Déesse.

      Prise d'une sorte d'exaltation, je me voulais semblable à la Djetharat, j'oubliais mes bonnes fortunes, me rêvais chaste et digne de servir la Haute Splendeur Céleste et n'étais pas loin d'accuser les chers ayons de s'être dressés, comme des obstacles tentateurs, entre moi et mon accomplissement spirituel.

      Mais avec l'expérience et le mûrissement de nombreuses saisons, j'en viens à reconnaître sans réserve, à notre aimable compagnon, cette sagesse humble et forte qui, pour être semblable à celle du sol qu'on foule, sans y songer, à ses pieds, n'en est pas moins essentielle et admirable.

      L'ayon n'est-il pas grand, immense, dans les petites choses, quand il n'oublie pas de mettre notre tasse de somalin, pleine, chaude, odorante, près de notre écritoire, quand il sent qu'un stimulant nous est nécessaire, quand il sait se taire, s'il voit notre attitude concentrée et soucieuse, quand, à-propos, il éloigne de nous les enfantes agitées et, parfois, oriente nos travaux et suggère quelque idée... Il est sublime par sa dévotion et sa fidèle attention.

      C'est un collaborateur excellent. C'est quand il seconde qu'il atteint sa perfection. S'il veut mener les choses, par contre, nous courons à la catastrophe. Il n'est pas meilleur meneur que nous sommes bonnes suiveuses.

      Déesse a voulu les places qui sont les nôtres, elle devant et lui derrière, elle au centre et lui sur le côté, elle qui appelle et lui qui répond..."


      L'initiation des enfantes
      dans les familles primitives


      Quand les fillettes atteignent sept-huit cercles, elles quittent les tuniques des ayons, leur périmètre, et sont initiées, en grand secret, par les yulhanes. Les garçons ne quittent pas la maison des ayons et commencent à participer aux rites sexuels.

      Qu'y-a-t'elle de commune entre ces primitives et les yulhanes modernes ?

      Seyad nous dit que les Eneyed sont très gaies, que leur vie est nonchalante et que l'étendue ne compte pas pour elles. Pourtant, les rites d'initiation des fillettes sont cruels à nos yeux. Les Eneyed considèrent que l'enfante a été polluée par ses sept ou huit cercles de séjour dans le périmètre des ayons. Seyad écrit :

      "Le long contact avec l'ayon a "épaissi" la petite fille. Elle doit être "décapée". Elle faut "rendre à son âme un aspect brillant en la frottant comme on frotte la lame d'un stylet. Ce sont les termes qu'emploient les Eneyed et que je traduis ici. On fait jeûner trois journées les fillettes afin de purifier leur conscience et d'affiner leur sensibilité. Elles sont enfermées dans une grotte secrète de la forêt dont on a scellé l'ouverture. L'obscurité y est complète. On n'a laissé à chacune qu'une natte et un fruit sec et creux, rempli d'eau. Après trois journées, les initiatrices réapparaissent et s'exclament :

      "Quelle grossièreté ! Quelle épaisseur ! Ces filles ne sont pas récupérables. Ce sont des garçons ! Nous allons les ramener dans la case des ayons !"

      Ces paroles sont rituelles. Elles se jettent sur les fillettes aveuglées par la lumière et affaiblies par leur jeûne et les tirent puis font mine de se raviser.

      L'une dit : "Nous attendrons trois journées de plus."

      Elles se retirent mais, cette fois, elles laissent des "yanguin" (un fruit à la chair dense et sucrée, très nourrissant) près de l'ouverture et, comme par négligence, ne la scellent pas totalement. Des raies de lumière entrent dans la grotte. Les fillettes effrayées pleurent... puis elles mangent les yanguin.

      Trois journées plus loin et les Eneyed reviennent, estiment qu'on pourrait peut-être finalement affiner ces fillettes épaisses. Les yulhanes s'attardent, discutent, argumentent. L'une joue l'avocate de Diablesse. Elle détaille les enfantes à voix haute et dit qu'en nul lieu, avec de pareilles mines aux expressions stupides et grossières, elles ne feront des yulhanes. Elles doivent immédiatement retourner sous les tuniques des ayons. On ne peut rien pour elles. C'est une génération perdue, peut-être maudite. Elle n'en a, en aucun endroit, connue de pire.

      Mais les autres plaident en la faveur des gamines effarées, trouvent des détails positifs, exhortent leurs semblables à la patience.

      On finit par décider de trois autres journées "d'affinage". On laisse cette fois, encore comme si de rien n'était, la grotte à demi ouverte et d'amples provisions. Peu à peu les fillettes se rassurent et retrouvent des forces.

      Mais les rites de passage ne s'arrêtent pas là. Quand les yulhanes reviennent pour la troisième fois, elles semblent définitivement décider que les fillettes sont parfaitement inaptes. Irrécupérables. La preuve en est ce que l'existence demande à une Eneyed digne de ce nom. S'ensuivent les récits des exploits extraordinaires des aïeules. Les histoires s'enchaînent, fascinantes. Les fillettes écoutent bouches bées. Elles regardent ce défilé d'héroïnes aux pouvoirs magiques aussi variés que subtils. Elles sont écrasées, n'ayant pas la plus petite idée de comment on obtient de tels pouvoirs. Elles commencent à être certaines de leur non-conformité. Les ayons les ont si totalement polluées qu'elles sont devenues incapables de ces superbes actions que les initiatrices leur présentent comme des plus banales pour une vraie yulhane. Elles haïssent les ayons de ce qu'ils leur ont volé leurs pouvoirs.

      C'est alors que les initiatrices leur font promettre de ne plus aller à la case des ayons jusqu'à l'Ayudin, le passage des quatorze cercles. Les fillettes promettent. Elles ne doivent plus parler à leurs frères et même les fuir. Si elles n'ont aucun contact avec les ayons, elles retrouveront leur pouvoir perdu.


      Le rite de passage est terminé ou presque. On remet aux fillettes une sinasheïa symbolique de sacrificatrice. Elle est en bois. Elles participeront dès lors aux expéditions sur le territoire et aux fêtes des yulhanes. Elles habiteront le périmètre des yulhanes. Elles apprendront les techniques d'apprivoisement.

      Les Eneyed ont de nombreux conflits avec les familles voisines. Leurs jeux de domination psychique sont primitifs mais complexes. Leur psyché est toute emplie de consciences démoniaques qui rôdent dans la forêt. Elles se maudissent, se hantent, se jettent des mauvais sorts, utilisent des techniques de concentration sur des figurines, des poupées de chiffons qui symbolisent l'ennemie à vaincre et appellent des démones elles-mêmes symbolisées par des sculptures plutôt effrayantes, des masques etc... Elles se tendent des pièges, savent comment tromper l'autre sur son propre état de conscience mais aussi comment se protéger de l'intrusion adverse. Quand elles arrivent à détruire la psyché de leur ennemie après un combat féroce et impitoyable, la sacrificatrice intervient et tranche le reste de vie végétative. La sacrificatrice tranche aussi une oreille de l'ennemie. Sauvages, primitives, les Eneyed soumettent ces oreilles à une préparation que les dessèche et conserve et se les mettent en collier autour du cou.

      Elles apprivoisent aussi le gibier dont elles nourrissent leurs familles.


      Les ayons ont leur propres rites de passage qui une formation aux fonctions ayonines sexuelles et domestiques." (Fin de citation.)


      "La yulhane use de l'influence depuis deux millions de cercles. Cette capacité psychique d'agir sur la psychosphère (l'ensemble des états conditionnés de la conscience involuée en Shuthun et subissant la loi du vivant-mort, de l'être-néant), de guider, de maîtriser voire de soumettre, de favoriser ou de détruire, par la puissance opérante d'une volonté dirigée (concentrée à l'aide d'images - d'où l'importance des graveuses, sculptrices, peintresses - et de noms, d'où le respect ancestral pour les conteuses, les chanteuses, les poétesses et, en générale, pour les "apprivoiseuses de la parole" selon l'expression consacrée), de dominer, donc, les êtres à la conscience moins complexe, cette influence, le yi, avait permis à la yulhane d'affirmer et de creuser une profonde différence entre elle et sa cousine, la guenon.

      Grâce à cette influence, elle sut, contrairement à la guenon, maîtriser le shin (le vivant et, par extension, l'énergie vitale) de son mâle et, par cette domination psychique de l'ayon, obtenir des conditions d'épanouissement propices au développement de la civilisation. L'aboutissement en fut, après la période du Tedelen-itha 23 , la révolution de l'Adeyen-itha 24 , l'Anendoï, treize mille cercles avant notre ère", écrit la célèbre yulhanologue Reï Ande.

       


      17 Sechaïn, de sech (doigt) et shaïn (libre), l'auriculaire de Shadulha, 6 cm.

      18 De yed, souffle, âme et dhu, plainte, pleur.

      19 Liqueur de somale.

      20 Jeu de société.

      21 Littéralement : envergure, de dua, voler. Théoriquement la distance qui sépare les deux majeurs tendus, bras en croix, de Shadulha : 1 mètre 65. Donc 700 duan : 1155 mètres.

      22 Yedayan : mot à mot souffle d'Ayan (la Voix, Déesse).

      23 Etendue de l'influence grossière.

      24 Etendue de l'influence fine.