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      Neï des Collines Rouges ne pouvait comprendre pourquoi Selni, sa prêtresse de soeur, lui faisait dire que la Shôdoran expirait et que les Asni devaient se concerter au lune noir de shaïtal, le lendemain d'une réunion avec les Dames du Yi, parce que ce message ne provenait pas de Selni et ne lui était pas destiné.

      Certes, Shumthad était très sympathique (et d'ailleurs s'en voulait d'avoir trompé Neï, même si aucun dommage ne semblait pouvoir en résulter pour elle) et elle était réellement ushanli au temple de Nitaz mais elle remplissait aussi le rôle d'agente très secrète d'Asni Fayin, la soeur aînée d'Enyu. Fayin avait dicté le passage sur la Shôdoran. Et c'était à Galel, la disciple de Neï, qu'il était adressé.

      Parce qu'elle suivait et servait Neï avec diligence, sérieux, humilité depuis une dizaine de cercles, parce qu'elle avait par ailleurs les banales occupations de la jeune yulhane en bonne santé, paradant sur sa cavale devant les groupes de jeunes fils, buvant trop de somalin à l'enimoï avec deux ou trois complices, comme elle, vigoureuses et yulhaniles, portées sur les joies de la chair et les nuits arrosés, Neï avait fini par oublier que sa disciple était une Shuntaï, la seconde fille de cette Dame Shuntaï du pays de Thod qui avait l'honneur de servir l'Impératrice à la Toilette, qui avait trois filles dont la benjamine était appelée à lui succéder mais dont la seconde, Galel, avec son don, serait apprivoiseuse, une apprivoiseuse qui, en raison de la hauteur de sa lignée, ne pouvait que devenir Dame du Yi, dans quelques cercles...

      L'Impératrice Nun Y Shun ne se méfiait pas sans raison. Dame Shuntaï complotait avec Asni Fayin ou plutôt s'apprêtait à le faire. Elles mettaient les choses en place. Elles tendaient des fils de trame sans savoir encore vraiment quel motif elles allaient tisser.

      Un heureux hasard avait voulu qu'une de ses filles soit douée pour l'apprivoisement (ce talent se manifestait où il voulait, sans préjugé de classe ou de race et il était rare, de plus en plus rare se plaignaient les personnes étendues. Quand au shadesh des apprivoiseuses, il enseignait que les aïeules avaient toutes un peu du don avant que l'intensification du shin ne désorganisât la psychosphère).

      Et c'était lui, ce don, qui avait décidé Dame Shuntaï, Edid, à concevoir un retour à l'indépendance de son pays natal. Son ayon, un enim qui avait des prémonitions, des visions, avait parlé d'une apprivoiseuse de la lignée qui rendrait au pays de Thod son autonomie et d'une Shôdoran alliée.

      Constamment sous l'oeil vigilant de Nun Y Shun, elle avait tellement craint de se trahir qu'elle avait pris des précautions une peu bizarres et exagérées, refusant que Galel entre dans la prestigieuse Ecole du Yi de Djezereth, comme c'était la place d'une jeune Noble Dame reconnue graine-apprivoiseuse à l'Elendon (initiation des fillettes à sept-huit cercles), voulant qu'elle soit prise comme disciple dans une modeste Famille avec l'explication - qu'on tint finalement pour une fantaisie - de faire baigner Galel jusqu'à dix-sept cercles dans les réalités paisibles d'une organisation et d'un lieu qui étaient demeurées les mêmes depuis des centaines, des milliers de cercles.

      Elle disait : "Là est la yulhanité profonde" et, comme ce n'était pas encore la mode, on trouvait déconcertante cette idée. Toutefois nulle, pas même l'Impératrice, ne pouvait y voir un danger quelconque.


      Neï des Collines Rouges, aux confins du pays de Thyl où se trouvait Djezereth, avait donc hérité de Galel, sachant qu'elle était de Noble Lignée mais sans y attacher d'importance.

      Elle n'était pas même flattée. Son caractère égal, satisfait de son lot, ne se prêtait pas aux complications de la vanité et de l'ambition. Et puis, pour elle, la Mère des Collines Rouges était une figure aussi importante parce que plus proche que la lointaine Impératrice. Elle se passionnait pour l'histoire des maisons longues de l'Awhin, adorait ce magnifique plateau et, comme Yani, avec un caractère différent, était de quelque part avant toute. Elle se sentait fascinée par l'eau, le vent, les rochers de l'Awhin.

      Elle pensait même que c'était une chance pour Galel d'avoir échappé à l'atmosphère confinée d'une école, à la surpopulation d'une grande cité, de jouir d'étendues libres et verdoyantes et des plaisirs simples des Familles : un enimoï agréable où toutes se connaissaient, du bon somalin, des promenades joyeuses en cavale, point trop d'Adhalique, des gardiennes qui venaient montrer et apprendre leurs danses, mimer des luttes...

      Neï n'aimait pas beaucoup - sans raison semblait-elle - le poids de la religion, le fanatisme aussi. Elle appréciait que les Collines et l'Awhin eussent gardé à ces égards assez de distance. On allait au temple détendue, comme à une douce réjouissance un peu monotone mais confortable. On croyait mais sans passion. On aimait les choses simples de la vie.

      Neï était une sorte d'innocente. Elle ignorait le vice. Elle n'allait pas à l'enimoï parce que ça n'était pas la place d'une apprivoiseuse, même si d'autres ne s'en privaient pas, comme Yani du Lac, comme Snê des Collines aux Trois Pins. Elle regardait les jeunes fils comme on apprécie un champ où le blé en herbe va bientôt se dorer, source d'abondantes galettes. Ses joies étaient profondes mais très sobres.

      Elle trouvait toute satisfaction à voir une joue ronde, éclatante de santé, à manger lentement une galette à l'huile et au sel, croustillante, parfumée, une figue douce et mûre. Rien n'en paraissait sur son visage long et sérieux, dans son allure raide et fière (semblait-elle) mais elle était de ces rares personnes réellement simples, qui ne se lassent pas, de l'enfance à l'étendue extrême, d'humer des violettes, d'écouter les appels des merlettes, de voir la couleur et la légèreté d'une ombre... Elle était incapable d'imaginer la duplicité et ne la percevait pas.

      En ce sens, elle n'était pas meilleure apprivoiseuse que Yani. Ses dons d'observation restaient tournés vers les bêtes, les plantes, les objets et ne lui permettaient pas de dénouer les complexités de la psychosphère. Elle s'étonnait de certaines bizarreries. Elle était stupéfiée que sa soeur lui eût transmis des secrets de l'Ashat Nin. Mais elle n'allait pas plus loin. Une bizarrerie était une bizarrerie. Point. Le monde des psychismes, des esprits, elle l'avait, dès le début, reconnu comme extravagant. Et, de fait, sans s'en rendre compte, elle ne croyait à rien de ce qui occupait ces esprits.

      Elle avait décidé, depuis quinze ou vingt cercles, que la yulhane était une invention de la yulhane, que toute pouvait être totalement différente, que toute chose, une fois posée, s'expliquait, se justifiait, trouvait, sur le ter tout entier, du sol où plonger ses racines et s'accroître.

      Son innocence venait donc d'une précoce lucidité, si précoce qu'elle l'avait oubliée.

      On l'eût étonnée si on lui avait appris qu'elle ne croyait pas en Déesse, ni en Shadulha, ni en l'expansion de la yulhane, ni en ses origines sacrées, ni en sa supériorité sur l'ayon, ni en l'importance des lignées, ni que Thod dû rester dans l'Impéria (ou la quitter d'ailleurs)... Mais, après une paisible réflexion, elle eût reconnu que ces choses ne prenaient aucune place dans son existence, qu'elle les voyait comme le fond du décor, comme les silhouettes de figurantes déguisées. Elle n'aurait pas voulu polémiquer, pressée d'observer son monde ; elle se serait excusée : je ne comprends pas ces réalités ; ma yed (ma conscience) y est étrangère.

      Elle ignorait que Galel avait écouté discrètement, derrière la porte, le message. Mais les précautions n'étaient pas nécessaires. Elle eût admis sans y voir malice qu'une envoyée de sa mère enseignât Galel de la fin prochaine de la Shôdoran. Elle se fût juste souvenue que sa disciple était d'une prestigieuse lignée et aurait tranquillement accepté qu'entre grandes de ce monde on eût de graves messages à se transmettre.


      Contrairement à Neï, Galel avait constamment exercé dans la psychosphère son don.

      Quoique peu étendue encore, séparée de son dix-septième cercle par quelques lunes, elle savait, avec assez de précision, lire les émotions des yulhanes et en influencer le cours.

      Certes les habitantes des Collines Rouges n'avaient pas appris - comme le fait une apprivoiseuse - à les dissimuler mais, "instinctivement", quand la situation le nécessitait, elles savaient ravaler une colère, maîtriser une peur, cacher un attendrissement. Elle pouvait donc s'exercer - même si la dissimulation des émotions n'était ni volontaire ni poussée chez la yulhane ordinaire - s'entraîner à décoder les sentiments voilés, et à... les transformer.

      Elle agissait, bien sûr, avec beaucoup de précautions, s'insinuant 34 , ondoyant, dans une psychosphère privée, en un mouvement régulier et doux afin de n'alerter aucune défense, ne poussant que très légèrement en avant ou en arrière la colère (ou la peur), accentuant ou diminuant l'expansion d'une émotion à son gré, avec une subtilité que les exercices fréquents, réitérés augmentaient, jouant du psychisme comme d'un instrument, un eïtho où l'on frôlerait des harmoniques.

      Puis elle apprit à décoder les seuils.

      Chaque yulhane pouvait exprimer ou cacher une dose précise d'indignation (par exemple). Pousser son indignation en deçà ou au-delà de ce qu'elle pouvait naturellement éprouver déclenchait une prise de conscience et la "victime" s'apercevait qu'on la manipulait !

      C'était difficile de décoder un seuil, de pousser jusqu'à la limite et ne pas la franchir. Obtenir d'une yulhane la manifestation (ou la dissimulation) maximale de ses émotions, sans franchir ses seuils (eydin, en yewhina) demandait de la pratique, une pratique patiente et quotidienne.

      Depuis son douzième cercle environ Galel s'exerçait.

      Elle était sérieuse, efficace, adroite quoiqu'elle sût parfaitement s'amuser, oublier toute et se laisser aller aux joies simples du yev, le somalin, les cavales, l'ayon...

      L'apprivoisement la fascinait. Elle était de la graine dont on fait les grandes Dames du Yi. La psychosphère était devenue son premier royaume, l'univers où elle s'épanouissait et se contractait, un univers qui enveloppait l'environnement habituel de ses ondes colorées et de ses harmoniques.

      Lire la psychosphère... Comme Lymn, elle avait eu ses premières perceptions de cette dimension des réalités, vers les neuf cercles. Lymn avait eu la sensation que la mère de son amie était toute différente de ce qu'elle paraissait. Elle avait perçu la densité de sa personnalité puis sa fausseté. Ensuite elle avait reçu l'affection d'Ethin comme un fluide bienfaisant ; elle l'avait senti dissoudre en elle quelque dureté.

      La première des impressions psychiques de Galel était venue d'Oshua, le vieux serviteurde Neï, grommelant et radotant.

      Elle avait ressenti la jubilation qui sous-tendait ses continuelles jérémiades sur les belles journées de Djezereth quand il appartenait à l'androcée de Dame Liu Thôn, qu'il en était le joyau, qu'il n'avait rien d'autre à faire que de manger, de dormir, de jouer à l'adundi (jeu de dé), de compter ses bijoux, ses tuniques, ses tentures et ses thaleds... Le pitoyable ayon chauve, bedonnant et flasque, étendu de soixante-cinq cercles, l'oeil larmoyant, des poils sortant des narines, laid et dégageant une odeur quelque peu rance, s'amusait !

      Selon la perspective psychosphérique elle le voyait très différent.

      Son crâne nu et luisant, son ventre gros et mou, ses muscles flasques, son odeur, sa bouche humide et ses mauvaises dents n'étaient plus désolantes, n'excitaient plus la compassion mais, bien au contraire, apparaissaient comme de volontaires provocations, comme une manière agressive, rancunière, de s'imposer.

      A quelque distance de là, plus expérimentée, elle avait percé ses mensonges et vu des images, des souvenirs d'Oshua, qui révélaient qu'il n'avait été nulle part concubin mais seulement yandaé au service d'un androcée.

      Neï l'avait naturellement cru sur parole quand il était arrivé aux Collines, cherchant à se placer, et elle avait accepté de bon coeur qu'un ex-préféré d'une Dame ne soit pas - et de loin - le meilleur serviteur possible. Et Oshua, qui gémissait du matin au soir sur ses douleurs, sur sa fatigue, sur son ancienne splendeur, sur la dureté du sort, n'avait en nul endroit eu de place si bonne, de charge si légère, joui d'autant d'autonomie et de thaleds (car il traficotait sur l'argent des provisions. Neï n'y regardait guère de près) !

      A partir de là, elle avait continué de voir le pauvre ayon habituel et à le plaindre (il n'était pas faux, juste plus superficiel) mais, petite à petite, le second s'y était superposé, s'était en fait imposé par sa plus grande densité, et, finalement, il était devenu l'Oshua principal, plus vrai, plus complet, portant l'autre, le pitoyable, l'exhibant volontairement pour déplaire et dans ce déplaisir provoqué trouver l'amère vengeance d'obscures frustrations.

      Elle décodait parfaitement la jubilation d'Oshua quand elle fronçait un nez dégoûté parce qu'il lui jetait à la face son haleine désagréable ou qu'elle venait de poser son regard sur ses grosses mains aux doigts rongés et cassés. Elle apprit à dissimuler toute manifestation rebutée et perçut la déception de l'ayon. Il accrut sa caricature au point de s'attirer une rebuffade de la tolérante Neï qui exigea qu'il se lavât, changeât de tunique et voulût bien cesser ses affreuses jérémiades.

      Cette semonce inhabituelle l'obligea à modifier un peu son rôle. Il promena un air triste et s'emplit de lourd reproche muet. Cette atmosphère-là était si pénible, molle et poisseuse, que Galel préféra ne pas approfondir et même reprendre ses expressions de répulsion pour que revienne la sotte jubilation, moins désagréable.

      Elle comprenait que la psychosphère renfermait des réalités pleines de dangers, d'espaces difficiles à ressentir, au contact répulsif, aux couleurs disharmonieuses, aux sonorités discordantes, des lieux de malaises, de problèmes, de folies... Elle se rendait compte qu'elle devait se protéger, ne percevoir que ce qu'elle pouvait supporter de percevoir et que l'assimilation des sphères de conscience devait se faire progressivement, car des personnes apparemment inoffensives, pouvaient appartenir à des univers conflictuels, puissants et pleins de périls.

      Elle apprenait. Elle engrangeait avec sérieux et calme, prudente, méthodique. Elle savait qu'au premier coup d'oeil, quand ce serait nécessaire, elle reconnaîtrait, en sa prochaine adversaire, le poids, la couleur, la note exacte du ricanement intérieur et saurait l'exploiter. Ainsi elle tirait enseignement de toutes, même d'un malheureux serviteur !

      Elle observait les yulhanes des Collines Rouges.

      Quelques centaines seulement mais c'était suffisante pour un travail de base fait de beaucoup d'observations. Les grands courants psychosphériques étaient partout les mêmes, faits des mêmes émotions qu'elle apprenait à nettement reconnaître et quantifier, fussent-elles soigneusement cachées.

      Galel en arrivait à penser qu'elle n'avait plus grand enseignement à tirer des Collines et le message de sa mère lui sembla bienvenu.

      Nul doute qu'elle la voulait à Djezereth pour la période prochaine du lune noir de shaïtal. Elle devait, à la Capitale, faire son tashdu (à la fois examen et serment) d'apprivoiseuse au lune de dutal, après ceux d'eytal et de lumô, et ce serait inutile de revenir aux Collines Rouges pour un si court intervalle de deux lunes.

      Le message de Dame Shuntaï précipitait son départ et elle n'en était pas mécontente. Elle appréciait la tranquille Neï et l'agréable enimoï, les belles promenades à cavale mais désirait du mouvement et de la nouveauté et même du mystère et des aventures... Sa mère attendait sûrement d'elle un travail d'apprivoiseuse sur cette fascinante psychosphère qui ne pouvait qu'envelopper une réunion d'Asni et de Dames du Yi. Elle avait hâte de l'observer.

      Elle trompa facilement Neï d'un faux parchemin, prétendument reçu de sa mère, qui la mandait au Palais pour l'Elendon de sa cousine yeïan. Neï regretta simplement ce départ avancé et s'affola légèrement de crainte d'avoir oublié quelque point important de sa tâche, n'avoir pas suffisamment préparé Galel à son tashdu.

      Galel "poussa" un peu, atténua cette crainte, sans difficulté, car Neï détestait se tracasser, agit d'ailleurs en toute quiétude d'esprit, persuadée qu'elle était d'en connaître trois fois plus que son initiatrice, de n'avoir plus rien à en apprendre.

      Quand elle partit, ne pensant plus revoir Neï (pour quelle raison serait-elle revenue ?), elle lui communiqua du respect et de l'affection que celle-ci manifesta avoir reçues avec simplicité et elles se séparèrent contentes l'une de l'autre mais Neï satisfaite de perdre une responsabilité et Galel ravie de voyager.

      Elle s'amusa à perturber le vilain Oshua en lui faisant un au revoir chaleureux et en lui exprimant toute sa compassion pour son malheureux destin. Elle dit qu'elle tenterait de convaincre l'héritière de Dame Liu Thôn de lui verser une rente plus digne du rôle d'enim préféré qu'il avait joué à l'androcée Thôn. Elle joua un peu avec lui, comme une chatte avec un rat, mais d'une "malgré toute, je n'aurai certainement pas la possibilité de m'occuper de cette affaire avec les multiples obligations qui m'attendent...", elle le rassura.

      Dans son soulagement, il abonda sans finesse dans ce sens, réitéra plusieurs fois qu'une si Grande Jeune Dame ne devait pas "étriquer son espace" (perdre son temps) avec les malheurs mesquins d'un... (le mot yandaé s'épuisa sur ses lèvres humides), d'un enim comme lui.

      Galel approuva d'un hochement de tête et ce fut toute.

      Elle partit.



      Le journal d'une Yulhane


      "Que nous prouve l'Histoire ? Où sont les mystiques, les écrivaines, les peintresses, les conquérantes, les penseuses, les savantes de sexe ayonin ? Où sont les ayons de génie ?

      Quand je vois avec quel courage certains jeunes ayons lèvent le menton et entrent contre nous dans une lutte inégale et cruelle, je sens qu'ils ne demanderaient qu'à appuyer leur front contre notre noble sein protecteur, y reposer leurs pauvres cerveaux trop sollicités, épuisés.

      Ils subissent l'ascendant de ces affreux ayons qui guenonnent la yulhane, qui sont laids et vieux, qui revendiquent, pérorent, haranguent en prônant je ne sais quel ayonisme anti-naturel .

      Quant à moi, je préfère l'ayon sain, fidèle aux devoirs de son sexe ; et n'importe quel jeune fils admiratif, coquet et superficiel - dont la fraîche innocence nous redonne cette énergie et cette joie dont nous avons tant besoin pour accomplir nos oeuvres - est préférable à ces furieux ayonistes hirsutes et mal serrés, frustrés chimpanzés, yulhanes manquées, mornes tiges recroquevillées, hideux vieux fils, collants rouges ridicules, incapables de grande vision, bornés, qui vous donnent envie de toute laisser et d'entrer en monastère au service de Déesse... [...]

      Eduquer un jeune fils aimablement vierge de toute pensée, initier son jeune corps consentant et ignorant, le caresser, le prendre, le soumettre à notre volonté créatrice et jouer de ses sens avec virtuosité afin qu'il découvre, ébloui, les finesses du plaisir et les subtilités de l'amour, n'est-ce pas là une noble tâche, et agréable pour toutes deux ? [...]

      L'ayon vit une insécurité fondamentale dûe à la connaissance qu'il a de sa quasi-inutilité. Voilà ce qui le trouble. Il sait qu'une cité entière pourrait se contenter de ne posséder qu'un ayon ou deux, sans que sa survie en soit menacée. La semence de l'ayon est d'une telle fertilité qu'un seul d'entre eux pourrait amplement suffire à fournir la yulhanité entière en gamètes mâles ! L'ayon n'est pas indispensable. Voilà ce qui le rend si instable..."

       


      34 Nous rappelons qu'en yewhina l'équivalent des participes présents invariables est à la forme yulhanine. Les yulhanes disent : "s'insinuante", "ondoyante", "poussante", "accentuante", "diminuante", "jouante", etc...